Alep, Ankara, Berlin, le même virus islamiste
La bataille d’Alep était en eff et stratégique. Pour s’asseoir autour de la table et conduire la même guerre contre le terrorisme islamiste.
On a eu l’impression que l’Occident avait perdu la guerre à Alep. Mais quelle guerre ? De qui contre qui ? Le 14 décembre, la maire de Paris a fait éteindre la tour Eiffel en signe de deuil — et de solidarité. Ailleurs, on aura allumé des bougies. Et puis, cinq jours après la chute d’Alep-Est, l’ambassadeur de Russie était assassiné à Ankara par un policier djihadiste qui criait « vengeance pour Alep » ; au même moment, un terroriste conduisant un camion de 42 tonnes fonçait dans un marché de Noël à Berlin, faisant plus de 50 victimes, tuées ou blessées. Qu’allait-on faire ? Éteindre à nouveau les lumières ?
La reprise d’Alep signe bien une défaite, celle de la ligne Obama, un certificat de décès, celui des illusions et de l’innocence de la gauche occidentale en général et européenne en particulier, et puis un bulletin de victoire, celui des durs, des joueurs d’échecs, Poutine et son partenaire iranien.
0bama aura tout raté. Il s’était promis de faire disparaître le régime Assad en Syrie en soutenant la rébellion d’Alep, cet “islam démocratique”. Mais qui étaient ces rebelles ? On ne savait pas trop, ni où iraient les armes qu’on leur livrerait. Obama hésite. En 2013, Assad intensifie ses bombardements, y compris, selon les services de renseignements, avec des armes chimiques. Obama avait dit que c’était une ligne rouge. Il ne fait rien. Alors, Poutine entre en scène. Assad attaque de plus en plus durement, subit des pertes, attend. Les djihadistes prennent l’avantage sur les rebelles ; et, en septembre 2015, les Russes interviennent avec leur aviation pour soutenir l’armée d’Assad. Du coup, ils dissuadent Obama de faire de même avec les rebelles alors que les Américains doivent coordonner avec les Russes leurs raids contre Dae’ch : surtout pas de confrontation directe avec les Russes, autre que verbale, ordonne Obama. À partir de là, l’issue de la partie n’est plus qu’une question de temps.
Les Européens ont accompagné la partie de leur tragique impuissance. Membres de la coalition contre l’État islamique, mais « idiots utiles », comme le dit l’écrivain algérien Boualem Sansal, dans la guerre civile en Syrie, ils rêvent que les insurgés d’Alep soient une alternative à Dae’ch et au régime d’Assad. Dans le chaos oriental, ils croient avoir trouvé des héros à leur goût : les “révolutionnaires d’Alep”. La correspondante du Figaro à Istanbul, Delphine Minoui, relève ce “modèle révolutionnaire” en citant un rescapé (édition du 14 décembre) : « Pendant deux années, 2013-2014, les gens ont vécu heureux sous le contrôle de l’ASL [l’armée rebelle]. La vie était gérée par des comités de quartier, les institutions fonctionnaient en l’absence du régime. Une véritable alternative… » Cette révolution est morte, d’abord submergée par les djihadistes, puis écrasée par les canons d’Assad et les bombes de Poutine.
En sauvant Assad, que les Occidentaux espéraient abattre, les Russes ont atteint leurs objectifs. Ils l’ont fait par une intervention massive directe — et non pas par une “guerre par procuration”, comme le préfèrent les Américains. Alain Frachon a résumé leurs buts dans le Monde (16 décembre) : préserver un régime ami autour de leur base en Méditerranée, conserver leur influence en zone arabe, arrêter en Syrie la progression du virus islamiste, qui menace aussi le Caucase russe. Mais ils ne seraient pas parvenus à leurs fi ns sans les Iraniens (et le Hezbollah), dont la seule ambition est de prendre le leadership du monde chiite, des frontières de la Perse à celles du Levant.
Cent ans après que Britanniques, Français et Russes eurent dessiné les cartes du Proche et Moyen-Orient, les Russes viennent d’obliger les Américains qui arrivent aux affaires à s’asseoir à la table pour parler sérieusement de l’avenir et pas seulement de l’évacuation des réfugiés.
À l’écran. Le lundi à 20 heures, dans les Informés, sur Franceinfo (canal 27 de la TNT et à la radio).
Vos réactions sur cet article
Obama et hollande partis, il va falloir se débarrasser d'un autre virus: celui de cette "dialectique de gauche" avec ses "modérés etc etc". Mais on ne nomme toujours pas le mal: l'origine de ce "virus cancérigène" est bien un certain livre, à interdire mondialement, car responsable de 300 millions de morts (80 rien qu'en Inde), la plus grande tuerie de l'histoire, la plus grande barbarie aussi. Le mal pour le mal...