Exposition Jacques Chirac au Quai Branly : entre la Corrèze et le Zambèze
De ses émerveillements d'étudiant au musée Guimet à la création d'un grand musée des civilisations non européennes, l'exposition Jacques Chirac au Quai Branly s'attache à restituer les liens entre la passion de l'ancien président et la défense des cultures du monde.
Passion cachée
Jacques Chirac s'est appliqué à dissimuler son intérêt précoce pour les peuples et les cultures lointaines. Son image d'élu "paysan" et rabelaisien, flattant la croupe des vaches, lui a longtemps collé à la peau. Les premières révélations sur sa passion pour les arts premiers furent d'ailleurs accompagnées de commentaires ironiques et dubitatifs.
Mais il a montré ensuite ses convictions en s'impliquant dans la création de ce musée des arts d'Afrique, d'Océanie et des Amériques, dont il n'a pratiquement jamais raté une exposition.
Hommage
Lors de l'inauguration lundi soir de l'exposition intitulée "Jacques Chirac ou le dialogue des cultures" (jusqu'au 9 octobre), François Hollande lui a rendu un vibrant hommage pour avoir favorisé la création du Quai Branly.
La naissance de ce musée, qui portera son nom à partir de mardi, fut un "long combat", a dit le président de la République en présence de la famille de Jacques Chirac et de tous les représentants de la "chiraquie". L'ancien président n'était pas présent.
Objets
Jacques Chirac "n'est ni un collectionneur, ni un esthète", selon Jean-Jacques Aillagon, qui a conçu l'exposition. "Il n'apprécie pas en premier lieu l'objet pour sa plasticité, sa rareté ou sa préciosité, mais pour la civilisation, la culture, les hommes qui sont à son origine", a souligné l'ancien ministre de la Culture dans un entretien au Figaro. Seuls trois objets appartenant à l'ancien chef de l'Etat figurent dans l'exposition, une sculpture zoomorphe bamana du Mali, une coupe wongo-lele (Congo) et une dent de narval.
Japon
La Chine ancienne ou les Taïnos des Antilles, dont un siège d'apparat est exposé, les sculptures africaines ou les parures de Sioux : Jacques Chirac a des goûts éclectiques. Mais il a une passion particulière pour la culture japonaise. "J'aime le Japon et je m'y sens comme chez moi", a-t-il déclaré. Reconnue par les Japonais, sa connaissance des compétitions de sumo amusait les médias français. Mais, selon ses proches, ses connaissances vont bien au-delà : céramique, armures, ou ce masque Buaku lui ressemblant étrangement.
Engagements
En 2002, lors du Sommet de la Terre à Johannesburg, Jacques Chirac affirme que la diversité culturelle est menacée au même titre que la diversité biologique. En 2009, au 14e sommet France-Afrique, il définit l'Afrique comme le "berceau de l'humanité".
Lors de l'exposition sur les indiens Taïnos au Petit Palais, il va plus loin et parle de "génocide" : "plus de vingt millions d'indiens furent ainsi exterminés en moins d'un siècle", écrit-il.