La crise des antibiotiques de nouveau au menu de Davos
Le secteur pharmaceutique a lancé un appel aux pouvoirs publics depuis le Forum économique mondial (WEF) pour tenter de sortir de la crise des antibiotiques, alors que ce défi pour la santé publique, pourtant amplement documenté, peine à trouver des solutions.
Plus de 80 groupes pharmaceutiques et entreprises du secteur de la santé ont appelé à coordonner les efforts pour faire face au problème de la résistance des bactéries.
Dans une déclaration, ces poids lourds de la santé, qui incluent le français Sanofi, les suisses Novartis et Roche ou encore les géants américains Pfizer et Merck & Co, ont également appelé les gouvernements à créer un environnement commercialement viable pour la recherche, cette branche n'étant pas rentable.
"L'industrie pharmaceutique, et la société dans son ensemble, ne peuvent pas se permettre d'ignorer la menace de la résistance des antibiotiques", a déclaré Lord Jim O'Neill, l'auteur d'un rapport qui servait de base de discussion lors des débats à Davos.
Selon ce rapport, les infections découlant de la résistance aux antibiotiques pourraient entraîner quelque 10 millions de décès supplémentaires par an d'ici 2050 et coûter jusqu'à 100 trillions de dollars à l'économie si la question n'est pas résolue.
Véritables médicaments miracles, les antibiotiques ont transformé la façon de soigner les infections bactériennes au XXème siècle mais sont également indispensables pour les procédures chirurgicales courantes, les transplantations, les chimiothérapies ou encore dans les traitements contre le VIH.
Leur sur-utilisation, liée à la fois aux prescriptions à mauvais escient mais aussi à leur usage massif dans l'agriculture et l'élevage, a cependant accéléré l?apparition de micro-organismes super-résistants.
En 2013, le nombre de nouveaux cas de tuberculose multirésistante dans le monde était ainsi estimé à 480.000, imposant des traitements plus longs et moins efficaces, selon l?Organisation Mondiale de la santé (OMS).
Cette perte d'efficacité se décline sur toute une série de maladies bactériennes, avec le risque que des infections aujourd'hui parfaitement maîtrisées ne redeviennent mortelles.
- Marges faibles -
Sur le terrain, Médecins sans frontière (MSF) en constate chaque jour les conséquences dramatiques, a expliqué le Dr. Joanne Liu, la présidente internationale de l'organisation, qui animait un débat sur ce thème à Davos.
"Aujourd'hui on va se retrouver dans une situation ridicule où un blessé de guerre en Syrie va survivre à une amputation mais mourir d'une pneumonie", a-t-elle expliqué lors d'un entretien avec l'AFP.
A Davos, MSF a émis une série de recommandations pour limiter le recours systématique aux antibiotiques, appelant à intensifier la vaccination, notamment contre le pneumocoque, mais surtout à améliorer les tests de diagnostics afin que les médecins puissent mieux distinguer les infections bactériennes de celles d'origine virale ou parasitaires.
Le Dr Liu a pris en exemple le cas de la malaria, une maladie sur laquelle le nombre de décès a diminué de 60% en 15 ans, à la fois grâce aux diagnostics rapides et à de nouveaux traitements.
"Avec le test de diagnostic rapide, on a donné l'antimalaria à ceux qui avaient la malaria. Avant, on le donnait à toute personne qui venait avec de la fièvre en Afrique", a-t-elle expliqué, pointant que des tests similaires pour les infections bactériennes permettraient de faire un meilleur usage des antibiotiques.
La présidente de MSF a estimé que l'engagement des sociétés pharmaceutiques était "un pas dans la bonne direction", tout en émettant quelques réserves, redoutant que les recherches ne se limitent surtout aux bactéries qui touchent les pays riches.
Au delà des aspects purement techniques, intensifier la recherche sur les antibiotiques est aussi une affaire de volonté politique, a-t-elle fait valoir, tout en disant espérer que la peur ne soit pas le seul déclencheur, comme cela a été le cas pour Ebola.
"Cela ne peut pas être le seul déclic pour passer à l'action", a-t-elle mis en garde.
Dans une étude publiée en mai dernier, Swiss Re, le numéro deux mondial de la réassurance avait estimé que compte tenu de la pression sur les prix des médicaments face aux coupes dans les budgets de santé, les marges sur les nouveaux antibiotiques étaient faibles, limitant ainsi la motivation des grands groupes pharmaceutiques.