Italie sans Mondial : révolution forcée pour la Nazionale
Il y a des défaites qui marquent une époque.
Le soir du mois de mars où la Bosnie-Herzégovine a éliminé l'Italie aux tirs au but (1-1, 1-4 t.a.b.) en finale des barrages pour le Mondial 2026, quelque chose s'est brisé définitivement dans le football italien. Pas seulement un rêve de Coupe du monde. Un modèle entier. Une génération. Une certaine idée de la Nazionale.
Troisième élimination consécutive en qualifications mondialistes. Le pays qui a remporté quatre Coupes du monde, qui a façonné pendant des décennies l'esthétique du football européen, ratera une nouvelle fois le rendez-vous planétaire. Et cette fois, la fédération italienne semble avoir tiré les conséquences les plus radicales de cet échec répété.
Juin 2026 : deux matchs pour tout réinventer
Le prochain rassemblement de la sélection italienne, prévu en juin, n'aura aucun enjeu comptable. Deux amicaux, contre la Grèce puis le Luxembourg, des adversaires choisis précisément parce qu'ils permettent d'expérimenter sans pression de résultat. Mais derrière cette apparente tranquillité se cache un chantier colossal.
Selon les informations de La Gazzetta dello Sport, la liste convoquée par le sélectionneur intérimaire Silvio Baldini devrait aligner une vingtaine de nouveaux visages. Des joueurs qui, pour la plupart, n'ont jamais porté le maillot azur en match officiel. Une page blanche, presque inconfortable dans sa radicalité.
La décision est claire : rompre avec le cycle précédent, celui conduit par Gennaro Gattuso, dont le bilan s'est fracassé sur l'écueil bosnien. En attendant la nomination d'un successeur permanent, c'est donc Silvio Baldini, le technicien en charge des Espoirs italiens, qui hérite de cette mission de transition — et d'une responsabilité historique.
Baldini, passeur de témoin entre deux mondes
Le choix de confier l'équipe nationale à son sélectionneur Espoirs n'est pas anodin. C'est une décision qui porte un message : la continuité passera désormais par le bas, par la formation, par ces jeunes joueurs que Baldini côtoie quotidiennement et dont il connaît les forces comme les fragilités.
Cette logique s'inspire d'un constat simple : l'Italie n'a pas su opérer sa transition générationnelle. Trop longtemps accrochée à des cadres vieillissants, trop timide dans l'intégration de ses talents émergents, la Nazionale a payé cash plusieurs années d'un renouvellement mal orchestré.
Baldini dispose d'un avantage décisif : il connaît ses joueurs. Pas besoin de découverte, pas de période d'adaptation. Le groupe des moins de 21 ans forme déjà un bloc, avec ses automatismes et sa culture collective. Promouvoir ce noyau en sélection A, c'est parier sur une cohésion déjà existante plutôt que d'assembler à la hâte des individualités disparates.
Donnarumma, l'ancre dans la tempête
Dans ce grand chambardement, un homme échappe à la refonte générale : Gianluigi Donnarumma. Le gardien du Paris Saint-Germain reste l'unique rescapé de l'ancien monde, le seul cadre dont la convocation ne fait pratiquement aucun doute.
Sa présence dépasse le cadre purement sportif. Meilleur gardien de l'Euro 2020, capitaine en titre, Donnarumma représente à lui seul la mémoire et l'ambition de ce groupe en mutation. Dans un vestiaire peuplé de visages inconnus et de gamins découvrant les exigences du haut niveau, son statut devient presque celui d'un grand frère — protecteur, référence, boussole.
C'est précisément ce rôle de trait d'union entre générations que plusieurs autres joueurs pourraient également jouer. Des profils comme Pio Esposito, Niccolò Pisilli ou Marco Palestra — déjà effleurés par la sélection A mais pas encore pleinement installés — sont pressentis pour figurer dans la liste. Ni totalement novices, ni véritables anciens : des passerelles humaines entre l'ancien et le nouveau cycle.
Le fantôme de Knysna, vingt ans après
La situation évoque inévitablement un précédent célèbre. Seize ans après le traumatisme de la Coupe du monde 2010, la Fédération française avait choisi de sanctionner collectivement les joueurs impliqués dans l'affaire Knysna, tournant ainsi symboliquement une page douloureuse. L'Italie, à sa manière et selon ses propres codes, opère aujourd'hui une rupture comparable — moins disciplinaire, mais tout aussi nette dans son intention.
Reconstruire. Rajeunir. Retrouver une identité.
La Nazionale aborde ce tournant sans filet de sécurité. Les matchs de juin contre la Grèce et le Luxembourg n'ont pas d'enjeu immédiat, certes. Mais ils constituent le premier test d'un projet qui s'étale sur plusieurs années : bâtir une équipe capable, un jour, de retrouver les grandes compétitions internationales.
L'Italie footballistique entre dans l'inconnu. Et, pour la première fois depuis longtemps, cet inconnu ressemble moins à une punition qu'à une promesse.