Manifestations des agriculteurs : le gouvernement reporte son projet de loi
Le gouvernement parle d’une "crise de foi des agriculteurs". Blocages, installation de campements, défilés de tracteur… La mobilisation du monde agricole s’est poursuivie ce dimanche 21 janvier, l’autoroute A64 étant toujours coupée près de Toulouse pour une quatrième journée consécutive.
Alors que des manifestants continuent de tenir un camp de fortune installé sur les deux voies de l’autoroute vers Bayonne, à hauteur de Carbonne (Haute-Garonne), le ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau, a annoncé le report "de quelques semaines" du projet de loi sur l’installation de nouveaux agriculteurs.
Le texte devait être examiné mercredi 24 janvier en Conseil des ministres, mais un délai supplémentaire a été accordé par le ministre pour "adjoindre quelques mesures réglementaires" ainsi qu’un volet "simplification". Ainsi, lors de l’émission "Le Grand Jury", Marc Fesneau a promis de lutter contre le "sentiment de déclassement" des agriculteurs, trop souvent en proie à des "injonctions" contradictoires notamment liées au Pacte vert européen, également appelé le Green Deal.
Outre la hausse des marges de la part des industriels et distributeurs - et, par conséquent, la baisse de leurs revenus -, les agriculteurs dénoncent une concurrence qu’ils jugent déloyale venue d’autres pays européens. Ils font par ailleurs face à la problématique des restrictions d’irrigation, après les sécheresses successives de l’été puis de l’automne 2023, et à des normes jugées trop contraignantes.
"Soutien" de la droite
A quelques mois des élections européennes, la thématique galvanise les politiques. Chaque parti y va de ses arguments pour tenter de séduire les agriculteurs en colère. Pour Olivier Marleix, chef de file des députés Républicains, c’est surtout la hausse de la fiscalité sur le gazole non routier (GNR) qui "déclenche la colère". "Le gouvernement doit renoncer dans l’immédiat à cette mesure", a-t-il insisté au micro de France 3, ce dimanche.
Olivier Marleix, qui a exprimé son "soutien" au mouvement des agriculteurs, blocages compris, estime que leur situation "n’est plus tenable". "On fait des agriculteurs des délinquants, donc à un moment il y a un ras-le-bol." Un point de désaccord avec la présidente des députés insoumis, Mathilde Panot, qui a mis en avant sur la même chaîne la nécessité de "normes écologiques". Elle rappelle cependant que son parti avait déjà proposé un "prix plancher pour que les agriculteurs puissent vivre dignement", rejeté "à six voix à l’Assemblée nationale".
Attal reçoit les syndicats à Matignon
Côté Rassemblement national, la stratégie vise à jeter le discrédit sur les politiques gouvernementales et européennes. Depuis la Gironde viticole, le numéro un du RN, Jordan Bardella, a dénoncé ce samedi "l’Europe de Macron qui veut la mort de notre agriculture". Pour tenter d’apaiser le mouvement - et, dans le même temps, de rabattre le caquet de l’opposition - le Premier ministre, Gabriel Attal, recevra ce lundi 22 janvier les syndicats FNSEA et Jeunes agriculteurs à Matignon.
Evoquant l’agriculture comme une "chance" et une "fierté" pour la France, il a notamment promis de "faciliter la vie" des agriculteurs en réduisant les "paperasseries" lors d’un échange avec des Français organisé dans le Rhône. Gabriel Attal a par ailleurs garanti "davantage de contrôles" pour s’assurer que les négociations commerciales annuelles entre les enseignes de supermarchés et leurs fournisseurs de l’agro-industrie ne se fassent pas au détriment du prix payé aux agriculteurs qui produisent la matière première des aliments.
"Il faut que vous puissiez vivre de votre travail", a affirmé le Premier ministre, un mois avant alors l’ouverture du traditionnel Salon de l’Agriculture.