Avantages et freins : une avocate de Brive nous dit comment adopter la semaine de 4 jours, "attractive pour une entreprise"
Bâtonnière du barreau de Brive (Corrèze), Laurence Boucherat est avocate en droit du travail, notamment. La semaine de quatre jours, elle connaît parfaitement : les deux salariées du cabinet qu’elle gère avec ses associés sont justement sur ce rythme de travail.
"Pour notre secrétaire, cela fait au moins quinze ans. À l’époque, l’objectif était de faire un jour de trajets domicile-travail en moins. La seconde, notre juriste, est avec nous depuis environ cinq ans et elle aussi travaille quatre jours par semaine."
Un rappel : "On ne peut pas l’imposer"Utilisatrice du dispositif avec sa casquette employeur (ses deux salariées font leurs 35 hebdomadaires sur quatre jours), Laurence Boucherat reconnaît cependant que les entreprises la sollicitent très peu sur le passage à quatre jours de travail hebdomadaire.
Un accord qui obéit à des règlesPour passer à la semaine de quatre jours, l’avocate rappelle que l’assentiment des salariés est nécessaire. "Cela doit passer par un accord d’entreprise. C’est une modification importante du contrat de travail qui ne doit pas se faire sans l’accord du salarié. On ne peut pas l’imposer."
Plusieurs freins identifiésL’un des freins à l’adoption de la semaine de quatre jours est souvent sa mise en œuvre. "J’ai beaucoup d’entreprises du bâtiment : les employeurs sont contraints sur des chantiers. Quatre jours, ça peut être compliqué pour l’organisation du travail, souligne Laurence Boucherat. Est-ce qu’il faut une deuxième équipe ? Il faut peut-être faire des recrutements…"
Autre crainte, "faire une heure ou 1 h 30 de plus par jour, c’est plus de fatigue". Des salariés moins efficaces ? "C’est une crainte de l’employeur", estime l’avocate.
Enfin, dans certaines entreprises, "les salariés ont quasiment deux RTT par mois. Ils sont donc déjà à quatre jours une semaine sur deux…"
Des avantages très évidents"Du côté du salarié, surtout si le télétravail est impossible, il économise de l’essence et du temps de trajet avec une journée en moins. Il peut aussi profiter d’une journée pour se reposer, faire autre chose… C’est dans l’air du temps."
L'experte estime que "ça peut être un avantage pour l’employeur. Je pense que c’est un élément attractif pour une entreprise, notamment dans la restauration."
Mode d’emploi pour passer aux quatre jours"La loi du 16 août 2022 a permis ces quatre jours", rappelle l’avocate. Pour adopter ce rythme, "l’accord d’entreprise peut prévoir une phase test, de six mois ou d’un an. Dans le cadre de la durée légale du travail, on s’organise comme on veut : c’est du contractuel avec accord des deux parties. Et la loi n’interdit pas de revenir en arrière."
Laurence Boucherat conseille évidemment de privilégier le dialogue pour sa mise en place : "on peut commencer par une réunion d’information. S’il n’y a pas de représentant des salariés, ils peuvent désigner un porte-parole, même si tout le monde signe à la fin."
Pomme Labrousse