Pourquoi le monde agricole creusois va porter plainte contre la députée insoumise Catherine Couturier
Cela avait échappé à tout le monde sauf à Jean-Baptiste Moreau. L'ancien député de la Creuse a posté, mercredi 21 décembre, la vidéo d'une intervention à l'Assemblée nationale de Catherine Couturier (Nupes), celle qui lui a succédé, et qui déclare, à propos :
« Je l’ai vu dans mon département, on en arrive à des situations où du fait de la méthanisation qui doit fonctionner 24h/24 (...), des agriculteurs pour des questions de rentabilité, envoient leur fourrage dans la méthanisation au lieu de le donner à leurs bêtes qui crèvent dans les champs. »
Une intervention dans le cadre du débat sur les énergies renouvelables qui se déroulait le jeudi 15 décembre. Catherine Couturier renouvelait son opposition, maintes fois exprimée, en soulignant que ces unités de productions de gaz doivent, pour fonctionner, être alimentées en produits végétaux.
— Jean-Baptiste Moreau (@moreaujb23) December 20, 2022
Des propos qui ont fait vivement réagir les syndicats FDSEA et JA de la Creuse, ainsi que la Chambre d'agriculture. Leurs présidents : Chritian Arvis (FDSEA), Fabien Périgaud (Jeunes agriculteurs) et Pascal Lerousseau (Chambre d’Agriculture) ont dénoncé dans un communiqué ces "propos mensongers : leséleveurs préféreront toujours vendre leurs animaux, même à prix moindre, que de les laisser mourir". Et d'annoncer qu'ils comptent déposer plainte, le jeudi 22 décembre, contre la parlementaire pour diffamation.
On n'a jamais vu ça en CreuseContacté, Christian Arvis a bien confirmé la démarche judiciaire que vont engager les trois présidents : " A-t-on jamais vu un éleveur sacrifier ses animaux pour son méthaniseur ? S'étonne-t-il. Où a-t-elle vu ça en Creuse ? Des cas sont signalés à notre cellule bien-être animal sur des troupeaux laissés à l'abandon. Mais c'est souvent des agriculteurs qui affrontent des problèmes personnels. Les cas sont rares, et en tout cas n'ont jamais été en lien avec la méthanisation. D'ailleurs, en Creuse, il ne doit y avoir une dizaine de méthaniseurs agricoles. C'est un investissement tellement énorme qu'il ne risque pas d'y en avoir beaucoup plus, et ils ne sont pas sur des fermes où on laisse dépérir les animaux".Christian Arvis, secrétaire général FDSEA
Est-ce une défense de la méthanisation de la part du syndicat majoritaire ? "En vérité, on n'y est ni favorable ni défavorable. Je le répète, ce n'est pas un sujet pour la plus grosse part des fermes en Creuse, trop cher". Christian Arvis rappelle aussi "qu'il y a quelques années, nous nous sommes opposés à l'achat de terres dans l'ouest de la Creuse dont le maïs devait être destiné à un projet de méthaniseur à Guéret".
Une phrase malheureuse reconnaît la députéeLa Montagne a aussi appelé la parlementaire : " Ce débat sur les énergies renouvelables a duré plus de 50 heures, explique Catherine Couturier, et j'ai eu de nombreuses interventions, pourquoi ne retenir que celle-là ? Pourquoi Monsieur Moreau choisit celle-ci pour la relayer sur sa page Facebook", fait elle mine de s'interroger.
"La question de fond, c'est la méthanisation et le risque qu'elle fait naître pour le monde agricole s'il doit courrir après la rentabilité à tout prix en produisant du gaz avec ce qui doit servir à nourrir les hommes".
Mais, sa déclaration ? A-t-elle vu, comme elle affirme, des bêtes crever de faim en Creuse parce que leur éleveur préférait alimenter son unité de méthanisation ?
Sécheresse, pénurie d'eau, vaches
"J'ai vu cet été des animaux en grande difficulté et amaigris par la sécheresse, relate-elle. Les fourrages étaient durs à trouver mais imaginez en plus que l'éleveur ait eu à alimenter en plus un méthaniseur. Mes propos visent à prévenir ce risque".
Un risque mais pas une réalité constatée de visu, donc :
"Oui, c'est une phrase malheureuse, je veux avertir de cette éventualité même si je ne l'ai pas observée. Cela peut arriver quand au bout de dizaines d'heures de débat la fatigue vous fait rendre moins vigilant".
Le mea culpa convaincra-t-il les trois présidents de ne pas déposer leur plainte ? A voir. Et s'ils montent à Guéret pour aller au commissariat, rien ne dit qu'ils ne passeront pas par la permanence de la parlementaire pour "revisiter" à leur manière.
Eric Donzé