« Quand il pleut, j'ai personne. J'adore » : Fredy assure la garde du lac de Montcineyre (Puy-de-Dôme) depuis dix ans
« S’il vous plaît, n’allez pas plus loin avec les vélos. À pied. Merci. » Debout devant la vieille bâtisse qui donne sur l’étendue d’eau, l’homme se fait entendre. Sa voix grave résonne dans le cirque du Montcineyre. Salopette « Suez » beige et chapeau de cow-boy en cuir noir sur la tête, Frédéric Bichon, dit Fredy, la soixantaine, garde le lieu depuis dix ans.Aux jumelles, Fredy observe la faune et la flore. Parfois les contrevenants.
Le lac sert de réservoir d’eau potable pour le Syndicat mixte de l’eau de la région d’Issoire, propriétaire du lac. « Les vététistes vont au bord pour trouver un terrain plus dur, mais il y a des petits crapauds qui se baladent, ça ne serait pas si mal d’éviter de les écraser », insiste le guetteur à la longue barbe grise. L’interdiction porte plus particulièrement sur la baignade et le canotage. Mais qu’importe, Fredy veille aussi sur la faune locale.
« Certains disent que je fais peur »Clope roulée au bec, le gardien s’assure du respect des règles. Point barre. « En été, il y a presque 150-200 vélos par jour qui passent dans le coin et je ne parle pas des randonneurs. » Même si, selon ses dires, ce n’est pas l’affluence depuis le début de la saison estivale.
Fredy constate : « Ça devient de pire en pire. Il faut être vigilant. Les deux panneaux plantés au pied du site n’y font rien ».
Sur la berge en face, une personne tente de mettre ses orteils dans l’eau. « S’il vous plaît, pas les pieds dans l’eau. Merci », lance-t-il en entourant sa bouche avec ses mains à la façon d’un porte-voix. Ferme, mais toujours poli. Pas de réaction de l’autre côté. « Certains disent que je fais peur. Moi, je ne crois pas », soupire-t-il en tirant sur sa cigarette. Impassible. « Ici, les pierres et les bouts de bois se déplacent tout le temps. »
« Ce ne sont pas les corbeaux qui ravitaillent. » Chaque lundi, Fredy se rend à Besse pour faire ses courses. Ébéniste, menuisier ou encore débardeur par traction animale, Fredy a « fait un peu de tout » dans sa vie. Toujours dans le coin. Mais habité au bord du Montcineyre, c’est quand même la classe.
J’ai tout mon temps ici. C’est calme. Je lis. Je discute parfois avec les touristes. Elle n’est pas belle la vie ? Et dire que certains se plaignent la bouche pleine.
Une vie simpleLe vent du nord se lève. Le gardien ne s’éternise pas dehors. « Je vais m’asseoir un peu », grince-t-il. Au rez-de-chaussée de la maison aux volets jaune pâle, une chaise est disposée près de la grande fenêtre qui s’ouvre sur le lac. « Je bosse d’ici la plupart du temps. »
Sur le rebord, des lunettes de vue posées près du cendrier usagé. Au milieu de la pièce, une petite table en bois. Dessus, une assiette, un couteau et des peaux de Saint-Nectaire. Le cubi de rosé n’est pas loin. « Je me suis fait un casse-croûte un peu plus tôt. » À proximité, un poste radio, comme figé dans le temps. Le transistor accompagne Fredy au quotidien. « J’écoute que France inter, ça me berce. »De la pub pour venir au lac. Fredy n’en veut pas. « En bas, à la route, il n’y a pas d’indication. C’est très bien comme ça. Moins j’ai de monde, mieux je me porte. Quand il pleut, j’adore. J’ai personne. »
Pour le déjeuner aujourd’hui, quelques randonneurs sont de passage. Attablés devant leur van, Anaëlle, Maxime et Arwen, leur fille, viennent de passer la nuit au bord du lac. « On aime beaucoup l’Auvergne, mais on ne connaissait pas du tout cet endroit. Il y a quelque chose de très apaisant. »
Une vraie bonne surprise pour ces Bretons. Avant de prendre la route pour Saint-Flour (Cantal), Anaëlle offre à Fredy une bouteille de jus de pommes fait maison. Pour l’accueil. Le barbu esquisse un sourire.
Texte et photos : Bastien Durand