L’abbé Boyer va poursuivre son chemin à Aurillac (Cantal)
« Il ne faut jamais se croire arrivés. Nous, prêtres, sommes toujours en chemin. » Si l’abbé Boyer utilise une image, on peut aussi prendre cette phrase au pied de la lettre. Car, douze ans après son arrivée dans une paroisse qu’il percevait alors « comme une belle endormie, et je ne dis pas ça pour incriminer mon prédécesseur », il s’en va pour Aurillac, et Saint-Géraud.
ÉmotionL’annonce de son départ a ému Saint-Flour comme rarement pour une mutation. Car Philippe Boyer ne laisse personne insensible, pour ce qu’il fait comme pour ce qu’il est. Adepte des coups d’éclat, des bons mots (comme des bons plats) cette personnalité entière et juste séduit, ou dérange, c’est selon. Et il l’assume, la franchise en bandoulière :
Je remercie tout le monde pour les moments que j’ai vécu ici, ceux qui m’aiment comme ceux qui me détestent. Je suis comme je suis, et je ne peux pas plaire à tout le monde. Et de toute façon, je n’étais pas ici pour me faire des amis, mais pour créer une dynamique.
SensLe mot est lâché. L’abbé Boyer aime bousculer, faire bouger, les choses, les lignes. « Je préfère une poignée d’abeilles qu’un sac de mouches. Les abeilles produisent, travaillent ensemble, se déplacent s’il le faut. Quand les mouches partent dans tous les sens, chacune de son côté, pour finalement mourir. » Pas étonnant, dès lors, qu’il ait installé des ruches sur le toit de la cathédrale.
Mais ce serait bien trop simpliste de réduire cette action, comme les autres, à un simple coup d’éclat, ou de communication. Car derrière ces facéties, il y avait toujours un sens.
On doit ouvrir l’Église sur son territoire, mais aussi l’inscrire dans son époque. Nous, prêtres, ne sommes pas là pour enseigner, mais pour créer un esprit de communion, une dynamique fraternelle. La clé, c’est l’écoute, de tous, croyants ou non-croyants. Et de s’ouvrir vers l’autre. Comme le disait ma grand-mère, ce qui est fermé fermente. Ça concentre le goût, mais il faut vite tout jeter.
OuvertureIl n’aura donc eu de cesse d’ouvrir, la paroisse, comme la cathédrale, sur le monde extérieur. Le long d’une décennie dont il retient « le positif, et il y en a eu beaucoup, même s’il y a toujours des désillusions de ne pas avoir amené tel ou tel projet à terme. Mais je suis heureux de ce que j’ai vécu ici. J’ai eu de bonnes relations, avec la mairie, la Drac, ce qui nous a permis de mener à bien des restaurations. J’ai travaillé avec une belle équipe à la maison paroissiale, qui a été un lieu de vie, d’échange. Et j’ai eu des relations de respect avec beaucoup de gens, et je prends toujours autant de plaisir à aller faire mon marché, à boire un café en terrasse. »
AccueilEt s’il regarde vers l’avant, car « il y aura de belles choses à faire à Saint-Géraud, il y aura matière à innover », une pointe de nostalgie vient quand il évoque la cathédrale, ce bureau à part qu’il s’apprête à quitter. « J’ai une relation affective avec elle. Il y a l’édifice, sa beauté, mais aussi sa dimension transcendantale, son supplément d’âme. J’ai essayé de bien m’en occuper, parce qu’on veut toujours que la fiancée soit belle. Sans la voir comme un musée, mais comme un lieu de vie, qui doit accueillir, comme s’inscrire dans une dynamique culturelle. Et elle l’a été, je pense, il y a toujours plus de monde à la visiter. J’aurais aimé faire plus encore, pour elle comme pour d’autres, je pense à Sainte-Christine. Mais je laisse le soin à mon confrère de s’en occuper. » Car l’heure est venue pour lui de poursuivre son chemin.
Yann Bayssat