La place aux trois églises
C’est vers 886 que Cusset commença à se développer autour de son abbaye qui occupait l’emplacement actuel de l’Hôtel-de-Ville et des bâtiments bordant la partie sud de la place que nous connaissons (*). Le cloître étant le square Paul-Duchon et les arcades qui l’entourent. Les jardins de l’abbaye, cernés d’un haut mur, se trouvaient approximativement à l’emplacement de l’ancien collège.
Centre religieux. Pendant plus de 900 ans, jusqu’à la Révolution, la mère abbesse était toute-puissante, et Cusset un centre religieux important, avec ses trois églises implantées sur la place actuelle.
Saint-Saturnin. La première église Saint-Saturnin fut édifiée vers la fin du XI e siècle, remaniée à plusieurs reprises. Elle était orientée différemment de la nouvelle et vaste église que nous connaissons maintenant.
Son clocher porche, qui s’avançait vers le milieu de la place subit un incendie en 1776. Pendant la Révolution, l’église fut transformée en halle à blé, ses cloches démontées pour être fondues et transformées en canons.
Sous l’Empire. Vers 1850, en raison de son état de délabrement, il fut décidé la construction d’une nouvelle église, que l’on doit en grande partie à Napoléon III. L’empereur, en cure à Vichy en 1861, s’intéressa aux travaux en cours, promit 100.000 F, à condition que l’ancien clocher disparaisse, démoli en 1867, après la construction du nouveau un peu en retrait et plus imposant.
Après bien des difficultés, la nouvelle église est enfin consacrée le 16 mai 1868 par l’évêque de Moulins.
Un pèlerinage. L’église Notre-Dame, quant à elle, fut construite à la demande de la mère abbesse, afin d’abriter et honorer une statue de la Vierge à l’Enfant, qui aurait été découverte près d’une source voisine et qui fut partiellement brûlée pendant la Terreur, seules la tête et les mains furent sauvées du brasier par deux enfants, avant qu’une nouvelle statue soit reconstituée. Tout cela donna lieu à un pèlerinage.
Cet important édifice de 39 m de long pour une largeur de 20 m, se trouvait à l’avant de notre place actuelle, approximativement au-devant de l’immeuble abritant le Crédit mutuel, la maison des chanoines, qui étaient chargés par l’abbesse de la gestion de cette église et l’organisation des offices.
Comme Notre-Dame de Paris. D’après les textes, Notre-Dame de Cusset avait un grand portail à deux bourdons, pour imiter, toutes proportions gardées, Notre-Dame de Paris.
Des échoppes se trouvaient le long de l’édifice, côté maison des chanoines. À l’avant de l’église, était la place des Gras, nom donné en raison des bouchers qui exposaient ici leurs viandes.
Elle fut démolie sous la Révolution vers 1793, pour créer une plus vaste place, la place d’armes.
Chapelle Saint-Sauveur. Enfin, la troisième église était la chapelle Saint-Sauveur, chapelle de l’abbaye, que l’on peut situer à l’angle de la place et le départ de la rue Wilson (Banque populaire maintenant).
Fermée au culte en 1792, transformée à son tour en halle à blé par les révolutionnaires, elle fut démolie en 1842 après que les bâtiments de l’abbaye furent rachetés par la commune en 1793.
Cimetières. Autour de ces édifices religieux, se trouvaient les cimetières, transférés sur la colline de Venise peu avant la Révolution, les inhumations étant devenues interdites au milieu des villes.
La cour de l’abbaye, ouverte en 1849, est devenue la cour de la mairie. Nivelée en 1848, la place d’armes connut par la suite différentes évolutions.
Des fouilles. Lors d’importants travaux de fouilles menés en 1993 par l’historien local Jacques Corrocher, la place délivra quelques-uns de ses secrets. Des restes de fondations des trois églises médiévales furent découverts, ainsi que des structures beaucoup plus anciennes, de l’époque gallo-romaine, attestant que le centre de la cité des chiens verts fut habité dès les temps les plus anciens.
(*) Informations puisées dans les ouvrages de Jacques Corrocher et Jean Bélot, éminents historiens de Cusset)..