Ces très surprenants rituels creusois
Évaux, le 21 août 1922
Chère cousine.
Dans ma carte postale de la semaine dernière, j’évoquais des rituels particuliers aux bonnes fontaines, comme le trempage des statues dans leur eau et l’aspersion du curé, ceci dans le but d’obtenir de la pluie pour les cultures en temps de sécheresse. L’étude des Mémoires de la Société des Sciences naturelles et Archéologiques de la Creuse en répertorie d’autres.
De la laine offerte pour mieux guérirPour obtenir leur guérison, les personnes malades passaient sous les statues des saints tenues par quatre porteurs, aux fontaines saint Silvain (Bonnat) et saint Martin (Sardent) ; à la fontaine saint Gervais (Jarnages), les pèlerins faisaient don de pelotes de laine, de chanvre, etc. vendues ensuite aux enchères devant l’église. Pour obtenir la guérison des maladies, on jetait du pain dans l’eau de la fontaine saint Hubert (Sainte-Feyre) et de la laine, voire de l’herbe, dans celle de la fontaine Saint-Jean-Baptiste (Saint-Maurice-la-Souterraine), pour obtenir la protection des troupeaux, tandis que pour le même motif on offrait des fruits à la fontaine saint Roch (Sagnat). Quant aux estropiés guéris, ils laissaient leurs béquilles en ex-voto à la fontaine saint Michel (Saint-Agnant-près-Crocq) ; pour guérir les maux de ventre, il fallait le frotter contre la margelle de la fontaine César (La Souterraine). Avant que les pèlerins aillent remplir des fioles de l’eau de la fontaine sainte Madeleine (Peyrabout), le curé leur distribuait de l’huile (bénie ?). Quant aux enfants de chœur accompagnant la procession à la fontaine saint Martial (Lioux-les-Monges), ils devaient marcher pieds nus.
Un rituel récurrent était l’offrande de pièces de monnaies, que les pèlerins jetaient dans l’eau. Il se pratiquait aux fontaines sainte Madeleine (Alleyrat), saint Pierre (Bazelat), saint Silvain (Bonnat), saint Martial (Champagnat), saint Martin (Gouzon, Pionnat), saint Menour (Saint-Fiel), saint Jean-Baptiste (Brousse), saint Julien (Dontreix), sainte Radegonde (Les Mars), sainte Flamine (Sermur), saint Roch (Sagnat), mais à la fontaine dédiée au même saint, à Saint-Marc-à-Frongier, on déposait les pièces dans un tronc.
Deux sous pour le bon saintA la fontaine saint Léger (Saint-Léger-le-Guérétois) le tarif était de deux sous. Le rituel pratiqué à la fontaine saint Gervais (Méasnes) se différenciait des autres : on se signait avec un sou, on le faisait rouler sur la route puis on le laissait passer la nuit dehors avant de le donner à un pauvre.
Le trempage dans l’eau du linge porté par les malades, adultes et enfants, était commun aux fontaines : saint Pierre (Bazelat), sainte Madeleine (Lourdoueix-Saint-Pierre), saint Valéry (Saint-Vaury), saint Gervais (Méasnes), saint Mandé (Saint-Sulpice-le-Dunois) tandis qu’aux fontaines saint Silvain (Ahun), saint Martial (Champagnat), on suspendait le linge aux branches des arbustes d’alentour.
On y laisse sa chemiseA la fontaine saint Antoine (Dontreix) on laissait en ex-voto les bas et les sabots des enfants et à la fontaine sainte Flamine (Sermur), leurs chemises.
Les pèlerins, pour guérir ou se protéger, devaient boire l’eau des fontaines sainte Madeleine (Alleyrat), saint Placide et de la Vierge (Crozant), saint Clair (Gentioux), saint Gervais (Jarnages), saint Roch (Magnat-l’Étrange), saint Guy (Reterre), sainte Anne (Roche), saint Silvain (Saint-Silvain-Bas-le-Roc), saint Martial (Lioux-les-Monges), tandis qu’on baignait les enfants dans les fontaines saint-Pierre (Bazelat), sainte Madeleine (Parsac) et saint Dizier (Saint-Dizier-la-Tour).
Votre cousin.