Le château de l'Écluse à Neuilly-le-Réal (Allier), monumental avec ou sans eau
Depuis quelques semaines, l’eau qui entourait le château de l’Écluse disparaît. Les douves asséchées par les propriétaires laissent place à une verdure qui prend de l’ampleur, changeant la vision que l’on peut avoir du lieu. Les briques qui s’imposent au milieu d’un paysage végétal.
Au milieu de plusieurs centaines d’hectares d’espaces verts, le château est isolé. La route non aménagée, au milieu de la forêt, ne rend que plus magique le moment où l’on découvre l’ensemble rouge et noir. « C’est assez tape-à-l’œil », consent Philippe de l’Estoille, installé au château depuis 1971. D’une architecture typique de la Sologne bourbonnaise du XVIIe siècle, avec des briques polychromes formant des losanges, le château est très classique. Sa forme carrée soutenue par quatre tours à chaque angle, rappelle qu’il descend d’un ensemble fortifié du Moyen Âge.Le colombier se dresse à l'ouest du château
Une architecture reprise dans les autres bâtiments de l’ensemble : les communs, dans lesquels logent les propriétaires actuels, le pavillon carré, le colombier, l’orangerie mais aussi la chapelle. Cette dernière est un élément phare de la visite. En poussant sa porte néo-Renaissance du XVIIe siècle, trois vitraux nous font face. Le Sacré-Cœur, Sainte-Marguerite et Saint-Antoine, qui illuminent un élément que le châtelain tient à faire remarquer : un bénitier en pierre de Volvic. « Il a au moins 1.000 ans et doit venir de l’abbaye de Souvigny-le-Thion », explique Philippe de l’Estoille. L’usure témoigne des moines qui, il y a des siècles, touchaient ce qui sert aujourd’hui de socle à une sculpture de Vierge à l’Enfant.Le bénitier en pierre de Volvic, posé au pied de l’autel de la chapelle, est sans doute le plus vieil élément du château.
De la « motte fossoyée » au « pavillon moderne »Le bénitier n’est pas le seul à porter en lui une histoire qui nous dépasse. Contempler le château de l’Écluse, c’est faire face à 600 ans d’histoire. D’abord fort défensif, le premier témoignage qu’il nous reste date du XVe siècle. « La seule phrase que j’ai trouvée explique qu’il s’agissait d’une “motte fossoyée avec un pont-levis et une salle basse”, ce n’est pas grand-chose ! », regrette Fanny de l’Estoille. Décrit ensuite comme un « pavillon à la moderne entourée de douves » au XVIIe siècle, son histoire reste grandement méconnue.
Le feu, qui a touché le château en 1964, y est pour quelque chose. Archives, meubles et tout autre témoignage des vies passées de la bâtisse ont été emportés par les flammes. Un flou historique qui permet de cultiver l’imagination, y compris celle des propriétaires. « Les anciens propriétaires étaient des personnalités très importantes, on imagine qu’elles venaient ici pour la fraîcheur et la nature », note Fanny de l’Estoille.
Une affaire de familleUne histoire faite de mystère mais très liée à la famille des propriétaires actuels « Le château est dans la famille depuis 1750 ! », remarque Fanny de l’Estoille. Les armes de la famille, présentes aux entrées du château et de la chapelle, en témoignent. La famille Roy l’achète en effet à ce moment et c’est Alfred, ancêtre de Philippe de l’Estoille, qui le rénove complètement vers 1880.Les armes de la famille Roy sont présentes sur les portes du château.
Mal entretenu, brûlé puis inhabité, le lieu représente un grand défi lorsque le châtelain actuel s’y installe en 1971. « On a tout rénové », se souvient Philippe de l’Estoille. L’histoire familiale continue et c’est désormais la fille du couple qui vient de reprendre le château. De nombreux travaux sont prévus et il ouvre pour la première année, ses portes extérieures aux visiteurs. Une nouvelle étape dans la longue vie d’un lieu multicentenaire.
La vie de château n’est pas toujours un long fleuve tranquilleUn château, cela fait rêver. On ne s’imagine cependant pas toujours l’entretien et le coût qu’un tel ensemble peut engendrer. A l’Écluse, le chantier est de taille. Grande bâtisse, gros problèmes. Si les douves qui entourent le château font le charme du lieu, elles ont aussi séduit les ragondins. Ces derniers proliféraient et ont fait s’effondrer la terre autour de la bâtisse. « Nous asséchons toutes les douves pour construire un muret autour du château et retenir la terre », explique Fanny de l’Estoille. Elle, qui espère que les travaux débutent en octobre, n’a pas que ce chantier en tête. Le temps a eu raison de ce grand ensemble. Si le couple de propriétaires a déjà rasé l’écurie, il compte restaurer l’orangerie et les étables. « Un endroit comme ça, c’est beaucoup de travail », note Fanny de l’Estoille.Fanny de l'Estoille espère que les travaux débuterons en octobre.
Pratique. Ouvert du 1er juillet au 31 août (Tél. 04.70.43.80.05)
Valentin Thibier