Commandant Provot du Sdis du Puy-de-Dôme : « On se demande s’il ne faudrait pas former tous nos pompiers aux feux de forêt »
Il n’y a pas de risque zéro en termes de feu d’espace naturel. Le Puy-de-Dôme est de plus en plus exposé, indique le commandant Arnaud Provot, chef du groupement de gestion secours au service départemental d’incendie et de secours (Sdis).
Le Puy-de-Dôme fait partie des départements qui envoient des renforts en Gironde et dans le Sud. Il y a eu quatre départs ces deux dernières semaines. Est-ce un rythme habituel ?
« On est parti très vite dès le début de saison. On est quand même sur un pic de sollicitations supérieur à ces dernières années. Il y a déjà eu des engagements massifs étalés sur la saison, mais là, on a des engagements très tôt et simultanés. On est plutôt sur un caractère exceptionnel de notre engagement. »
Vous trouvez les effectifs suffisants pour organiser ces départs ?
« Oui, on a même une liste de gestion de réserves parce qu’il peut y avoir des malades, des contraintes familiales, des pompiers covidés, etc. On a donc une liste d’attente de pompiers qui savent qu’ils peuvent remplacer à tout moment quelqu’un qui aurait dû partir. Notre but est toujours d’anticiper les départs et les relèves pour permettre une continuité de service. »
Le risque incendie évalué quotidiennementQuel est le risque incendie actuel dans le Puy-de-Dôme ?
« Par chance, on est relativement épargné. On évalue les risques tous les jours en fonction de divers critères. Actuellement, on est sur un risque modéré, de 2 sur une échelle de 5. On a des départs de feu, mais les conditions météo nous sont plutôt favorables, c'est-à-dire que l’on a un retard de sécheresse de végétation et on a très peu de vent. Néanmoins, on n’est pas à l’abri d’avoir des feux majeurs s’il ne pleut pas, si le vent se lève. »
Y a-t-il des zones particulièrement exposées dans le département ?
« On a les feux de cultures sur pied plutôt en Limagne. On a ensuite les feux en forêt de résineux et de feuillus. Les feux de résineux nous sont plus défavorables, car ils se trouvent dans des zones pentues et sont plus combustibles que les feuillus. Il y a plusieurs zones identifiées : le secteur thiernois, le Livradois-Forez, un peu les Combrailles et une partie du massif du Sancy. »
Former tous les pompiers aux feux de forêt ?Est-ce que la formation des pompiers évolue ou va évoluer au vu des gros incendies amenés à se multiplier ?
« On se demande aujourd’hui s’il ne faudrait pas former tous nos pompiers aux feux de forêt. Avant, nous avions quelques centaines (*) de pompiers formés à cette spécialité. On s’autosuffisait pour répondre au risque local. Désormais, on envoie des renforts chaque année dans le sud de la France.
On se demande s’il ne faudrait pas former davantage, voire quasiment tous nos pompiers, dans le tronc commun de la formation, au risque de feu de forêt parce que cela devient un risque local. Jusqu’à présent, le risque de feu d’espace naturel dans le Puy-de-Dôme était un risque particulier, mais il est en train de migrer vers un risque courant. »
L’été, est-ce une saison que vous appréhendez désormais ?
« On a depuis cette année des fiches opérationnelles qui détaillent qui doit faire quoi. Quand on part, on doit penser à beaucoup de choses, pas seulement aux hommes et au matériel. Il y a la logistique, la nourriture… Il faut prémâcher le travail de ceux qui partent. On a fait évoluer, avec le commandant Pascal Thomas, conseiller technique sur les feux de forêt, notre manière de travailler.
Les années précédentes, on se demandait si on allait partir en renfort. Aujourd’hui, on se dit quand on va être engagé. Avant notre système était mis en veille, aujourd’hui, c’est une mise en opérationnalité. Avant, c'était du virtuel, maintenant, on est dans le vrai. »
(*) Le Puy-de-Dôme compte 3.600 pompiers volontaires et 480 professionnels.
Recueillis par Leïla Aberkane