Des souvenirs des Rolling Stones exposés dans l'ancienne école de Saint-Bonnet-le-Chastel (Puy-de-Dôme)
Et vous, c’était quoi le tout premier concert de votre vie ? Jean-Pierre François, Henri Salvador, Carlos, Lady Gaga ou peut-être l’avez-vous (délibérément, comme moi) oublié.
L’Allemand Günter Wack, dont la résidence secondaire s’établit depuis plus de vingt ans à Saint-Bonnet-le-Chastel, lui, s’en souvient dans les moindres détails : « J’habitais près de Francfort, j’avais 9 ans. Ça n’était pas possible pour mes parents que j’aille à un concert de rock. J’ai pris mon vélo jusqu’à la gare et j’ai pris le train ». À cette époque, en 1964, « les concerts avaient lieu l’après-midi, à 15 heures. Une fois le spectacle fini, je suis rentré chez moi et je ne l’ai pas dit à mes parents », sourit le sexagénaire. L’interprète sur scène ? L’immense Jimi Hendrix. Rien que ça. Et sa seconde fois, à 13 ans ? The Doors avec Jim Morrison. Calmés ?
Sur les ondes de Radio LuxembourgDepuis, la passion est restée chez ce comptable à la retraite. Pourquoi le rock ? Parce que le rock. « À cette période en Allemagne, les jeunes écoutaient beaucoup de chansons anciennes. Puis, le rock est arrivé. C’était quelque chose de très nouveau, de neuf pour nous ».
Et parmi ces nouveaux sons, celui de quatre garçons dans le vent, The Beatles, avec également dans leurs bagages « leur coupe de cheveux, les jeans ». Les “Fab Four” font alors les beaux jours de Radio Luxembourg qu’écoute assidûment Günter et qui diffuse cette musique venue d’Outre-Manche. Au point, qu’eux aussi, tournent en Allemagne mais le jeune Günter, alors domicilié à Hessen et trop éloigné du concert, ne pourra les voir. « C’est la seule fois où j’aurais pu. Après, ça a été fini ».
Avec les Stones en 1971, à FrancfortN’allez pas croire que Günter ait eu le blues, le rock, puis les années 60-70 lui ont fourni bien d’autres occasions. Notamment celle de suivre l’un de ses groupes fétiches : The Rolling Stones, avec un tout premier show en 1971, à Francfort.« C’était énorme ! À cette époque, l’armée américaine était stationnée à proximité. Tous les GI venaient au concert avec de petites cigarettes illégales et fumaient dans la salle, envahie par la fumée ! »
Il retrouvera Mick et ses potes sur plus de trente concerts à travers toute l’Europe dont les derniers, en 2018, en Allemagne et en France. « En un an, je les ai vus quatorze fois ! »
Une guitare dédicacée du maître ClaptonDe quoi justifier l’envie, depuis plus de 50 ans, de collectionner tout ce qui se rapporte au rock et à ses groupes préférés, Beatles et Stones mais aussi Deep Purple, Led Zeppelin, David Bowie ou Éric Clapton. « C’est le meilleur ! », confie Günter dont l’objet fétiche de sa collection est une guitare dédicacée du maître : « Je l’ai rencontré une fois après un concert à Londres au Royal Albert Hall ».Son trésor compte plus de 500 objets, des disques, journaux, vêtements, tourne-disques, livres ou autographes. Comme ceux de Jagger et Richards, sur le programme d’un concert à Cologne (photo ci-dessus), ou cet autre du défunt Stones, Brian Jones.
Quelques objets à ne pas manquerLeur premier 45 TAvec les reprises de Come on en face A et I want to be loved en face B. « On était dans la période de guerre avec les Beatles. Mais Lennon et Jagger étaient encore copains ».Disque d’orUn original décerné à Keith Richards pour l’album Exile on main street et acheté chez Sotheby’s à Londres. « En 1976, Keith avait des problèmes d’argent, il vendait tout ».Pantalon en cuirÉgalement acheté à Londres, un pantalon de cuir qui appartenait à Keith Richards. « Il était très maigre à l’époque, avec la drogue ».
Une première expo sur les Beatles en 2014, à Saint-Bonnet-le-ChastelDe quoi avoir envie de le partager avec le public, à la façon du Rock and Roll Hall of Fame qu’il a visité à Cleveland, aux États-Unis. D’où ses premières expositions, chez lui, à Battenberg ou, actuellement, à l'Internationales Radiomuseum (Musée international de la radio) de Bad Laasphe avec une retrospective « Il y a 50 ans, Woodstock », avant de sauter le pas, à Saint-Bonnet-le-Chastel.
Après les Beatles en 2014, il revient cette fois avec les Stones et quelques pépites sorties de sa collection, présentées à l’ancienne école de la commune. Du rock et des bancs d’école… comme une petite musique, jouée il y a plus de 50 ans à Francfort pour Günter. Du rock.
(*) « Enchanté de vous connaître, j’espère que vous devinez mon nom ». Le refrain de Sympathy for the Devil, des Stones.
François JaulhacPhotos Renaud Baldassinfrancois.jaulhac@centrefrance.com