Le gouvernement sommé de répondre à l'explosion des pénuries de médicaments
Face à la multiplication des pénuries de médicaments, la mobilisation, après les sénateurs l’an dernier, gagne le corps médical. Le gouvernement a promis d'apporter des réponses en septembre.
Diagnostic : des pénuries "chroniques"Outre son ampleur, le phénomène est d’autant plus préoccupant que la pénurie touche indistinctement des médicaments contre le cancer, des antibiotiques, des corticoïdes, des vaccins, des traitements de l’hypertension, des maladies cardiaques et du système nerveux.
« Des médicaments peu coûteux qui, bien qu’anciens et tombés dans le domaine public, constituent toujours l’essentiel de la pharmacopée. Et pour lesquels il n’y a, le plus souvent, pas d’alternative efficace disponible », alertent le professeur Jean-Paul Vernant et un collectif de médecins hospitaliers dans une tribune publiée le 18 août dans Le Journal du dimanche.
Il y a près d’un an, le Sénat avait déjà tiré la sonnette d’alarme dans un rapport qui, sans céder à la panique, jugeait la situation suffisamment grave pour soumettre à l’oreille de l’exécutif une série de remèdes. Le rapport, publié le 2 octobre 2018, qualifiait ces pénuries de « chroniques » en France comme dans la plupart des pays développés de l’OCDE. Et touchant aussi bien « les médicaments d’intérêt vital principalement dispensés à l’hôpital » que « les médicaments d’usage quotidien vendus en officine ».
80% des médicaments fabriqués hors de l'EuropeEn cause ? Essentiellement, la trop forte dépendance aux pays tiers qui commercialisent 40 % des médicaments finis en Europe et produisent 80 % des substances actives. « Nous ne comptons plus que 300 fabricants de médicaments en France contre 5.000 usines à Bombay », signale Jean-Pierre Decool, sénateur centriste et rapporteur de la mission d’information.
Les pays tiers, l'Inde et la Chine en tête, commercialisent 40 % des médicaments finis en Europe et produisent 80 % des substances actives. Photo Gérard Julien / AFP. Cette délocalisation, en Inde et en Chine principalement, contribue à fragiliser la chaîne d’approvisionnement. « Une malfaçon du principe actif peut être à l’origine d’une pénurie qui sera d’autant plus grave et prolongée que le laboratoire en cause en est le seul producteur », relève la tribune des praticiens hospitaliers. Et impossible pour un pays comme la France d’intervenir sur les origines de la pénurie dès lors qu’elle se situe en dehors de ses frontières.
L'urgence ? Renforcer les stocksPour le collectif de médecins dénonçant les pénuries, l’urgence serait d’imposer aux laboratoires pharmaceutiques de constituer des stocks de médicaments d’intérêt thérapeutique majeur (MITM). Cette proposition a été jugée intéressante par les entreprises du médicament (Leem) mais à condition de s’accorder sur « une liste de médicaments d’intérêt sanitaire et stratégique » et non la totalité des MITM qui représentent « 40 % de la pharmacopée ».
Le rapport du Sénat, en 2018, avait également réfléchi à des mesures immédiates : confier à la Pharmacie centrale des armées la production et la distribution de « quelques médicaments essentiels » ou de « niche » ; encourager, à l’échelle européenne, les achats de vaccins essentiels et de médicaments peu répandus ; ou encore déconditionner les médicaments pour limiter les pertes.
Nathalie Van Praagh
Le fait qu’un médicament se retrouve en rupture de stock peut trouver son origine dans la fabrication du principe actif, par pénurie de matière première ou en raison d’un défaut de qualité notamment. Au niveau de la fourniture du produit fini – gélules, comprimés, ampoules –, un arrêt de la commercialisation peut survenir faute de « rentabilité suffisante » ou à cause d’une demande non anticipée, lors d’une épidémie par exemple. Le médicament peut être soumis aussi dans sa distribution aux aléas du transport et dans sa dispension à un stockage sur-calibré en cas de soupçon de rupture.