Sécheresse et gel : 2019, sale année pour les abeilles de l'Allier
En terme de récolte de miel dans l’Allier, 2012 fut une petite année, 2013 et 2014 des catastrophes, 2015 fut « normale », 2016 et 2017 terribles.
2018 fut « moyenne » grâce à une belle récolte d’acacia en mai, avant que tout se gâte. Quant à 2019, le cru se présente assez mal…Le miel de Neuvy est si rare qu'il porte bien sa couleur dorée.
La récolte de miel dans l’Allier n’a cessé de baisser ces dernières années, compte Laure Goudouneix, apicultrice riche de 360 ruches et présidente du syndicat départemental des apiculteurs, l’Abeille Bourbonnaise (150 adhérents). Cet été, les beaux insectes bourdonnants ont faim. Alors faire du miel, c’est au-dessus de leurs capacités, dans certaines ruches.
Pour Mannaig de Kersauson, vétérinaire spécialiste des abeilles, apicultrice et formatrice au lycée de Neuvy, la sécheresse « qui dure depuis juin 2018 », certes « épouvantable », est « intéressante », car elle va permettre qu’apiculteurs et agriculteurs, dans le même bateau (ils ont besoin de pollinisateurs), se serrent les coudes.
Attention aux haies« Il faudrait arriver à un moratoire sur la taille des haies. L’idéal serait de faire une rotation tous les deux ou trois ans. Les rameaux qui dépassent des haies actuellement, ce sont les fleurs de 2020 et donc la nourriture, entre autres, pour les abeilles. Il leur faut de la quantité, de la diversité, de la qualité, sur la durée ». Noisetier, aulne, érable, mûrier, prunus, églantier, aubépine…
De quoi se nourrissent les abeilles au juste ?« Du nectar des fleurs, qui sont une source de sucre, de minéraux et de vitamines. Elles l’aspirent et le passent aux magasinières. Elles vont transformer un produit qui a 80 % d’eau et 20 % de sucre, en un produit riche de 80 % de sucres et de 20 % d’eau, sans oublier les molécules identitaires qui donnent leur goût aux miels. Et puis, il y a le pollen, qui est source de protéines, des acides aminés essentiels. Il faut qu’elles en trouvent en quantité et qualité suffisante, tout au long de l’année, de janvier à octobre, pour ne pas être carencées ».
Depuis juin 2018, une descente aux enfersOr, « la dernière vraie pluie date de juin 2018, il n’y a pas eu de regain de végétation. On a dû les nourrir avec du candy, mais c’est du “fast-food”, même amélioré avec du miel. Les essaims de l’année ont eu un mal fou à passer l’hiver, qui fut doux, heureusement ». A la sécheresse se sont cumulés des aléas climatiques, notamment du très beau temps en février, ce qui a fait croire aux colonies que le printemps était déjà là, relève Mannaig de Kersauson.
« Mais en février, ces trois semaines de soleil avant une période de gel, lors des Saints de glace, en mai, ont fait beaucoup de mal, car les reines avaient pondu beaucoup d’œufs, dont une partie a dû être sacrifiée. En plus, en mars, elles n’ont pas pu sortir, car il a fait 9°C avec des vents à 50 km/h. Donc les pommiers, les merisiers, les poiriers n’ont pas pu être butinés, et pollinisés. Ça a continué comme ça pendant huit semaines. Il n’a toujours pas plu et les pissenlits, le trèfle et le plantain n’ont pas vraiment poussé ! » Etc.
Nées carencéesA la sécheresse se sont ainsi cumulés des aléas climatiques. « Les abeilles sont nées carencées et ont des comportements anormaux. Elles ne font pas les choses comme il faut, même si on manque d’étude pour savoir à quel point, et quand elles vont pouvoir remonter la pente. »
Il y a bien des manières de lutter, notamment en plantant des espèces mellifères : « Dans l’espace public, chez les agriculteurs, dans les potagers, multiplions les sources différentes de nourriture des pollinisateurs. Il n’y a pas que les abeilles sociales, d’ailleurs, mais aussi les papillons, les syrphes, les bourdons, les abeilles solitaires… »
ObservatoirePour signaler les mortalités d’abeilles auprès de l’Observatoire des mortalités et des affaiblissements de l’abeille mellifère : 04.13.33.08.08.
Mathilde Duchatelle