À l'hippodrome d'Aurillac, rencontre avec ces turfistes passionnés par les courses
Dans les tribunes de l’hippodrome d’Aurillac, dimanche après-midi, deux types de spectateurs sont présents, pour le coup d’envoi des courses hippiques de la saison 2019. D’une part, ceux au look plutôt chic : pantalon, chemise et chapeau plus ou moins large. D’autre part, ceux au style bien plus décontracté : bermuda, t-shirt et tongs.
Deux ambiances, donc. Mais, en réalité, les visiteurs partagent bien une chose : tous, ou presque, sont des turfistes. Autrement dit, ils sont venus, en ce dimanche après-midi, pour parier. Et, plus précisément, pour parier… sur le bon cheval.Les parieurs regardent la cote des chevaux.Alors, peu avant le départ de la première course qui doit débuter à 14h30, chacun a une stratégie, plus ou moins établie. À l’ombre, sous un arbre, Mathieu Mazeaud, un parieur habitué, plaisante :
« On élimine les favoris, les tocards et on cherche l’outsider. »
Un pari « risqué », de son propre aveu. Il admet aussitôt :
« On ne joue pas vraiment pour gagner. C’est grisant, certes, mais c’est surtout le plaisir du jeu qui est important. Et puis ça motive pour regarder la course ensuite, il y a un enjeu ! »
Justement, il est 14h30. La première course de la journée va débuter. Le cheval n° 7, La Bloutière, entraîné par une référence en la matière, Jean-Claude Rouget, est favori.
EncouragementsAu micro, le speaker annonce le top départ dans un silence quasi religieux. « C’est stressant », lance une petite fille à ses camarades installés en première ligne devant les grilles de la tribune. Les 9 chevaux en lice s’élancent pour 2 000 mètres de course.
À très vive allure, ils se rapprochent de la ligne d’arrivée. Dans les tribunes, les parieurs tapent frénétiquement du pied, calés sur le rythme des enjambées des chevaux. « Allez, allez… », encouragent certains à coup de grands éclats de voix. La ligne d’arrivée est désormais franchie : le favori a bien gagné la course, comme annoncé par les pronostics.
Chance du débutantÉclat de joie d’un petit de groupe de personnes. « C’est la première fois que je joue et j’ai gagné ! », s’amuse un participant. La chance du débutant. Il faut dire qu’il a été bien conseillé. En l’occurrence, par deux habitués des lieux. Noémie et Anthony Dracon, qui viennent très régulièrement assister aux courses pour parier. « On étudie les chevaux en lice depuis samedi », raconte Noémie.
Pour parier, eux ont, comme d’autres, une stratégie qui prend presque la forme d’un rituel. Avant chaque course, ils se rendent au niveau des écuries puis à la présentation officielle des chevaux au public. Le pari est souvent déterminé à ce moment-là.
« On peut voir si le cheval est en bonne santé, quelle allure il a, s’il a le poil brillant, s’il est énervé ou non… », explique Anthony.
Certains vont même plus loin, raconte un autre parieur, en essayant par exemple d’avoir des informations auprès des propriétaires des chevaux sur l’état de leur monture.
Pour le plaisirBeaucoup d’efforts pour généralement peu de résultats financiers, si l’on en croit les différents témoignages. « Si on veut gagner de l’argent, le mieux, c’est de ne pas jouer », s’amuse Cédric, un parieur de longue date.
« Même quand on gagne, le gain est souvent faible », complète Mathieu Mazeaud. Ce qui compte, on l’a bien compris, c’est donc le plaisir du jeu. Le plaisir de voir son poulain devant tous les autres.
Même les enfants se prêtent au jeu.Et ça, les enfants l’ont bien compris. Eux aussi parient, sans néanmoins miser un seul centime. Mais peut-être bien plus en réalité. « Si le numéro 9 gagne, tu as un gage », lance l’un d’eux à son voisin. Sauvé. C’est le numéro 7 qui a gagné.
Juliette Bénézit