Dégradations, menaces de mort, rébellion : six mois ferme requis à l'encontre du Commentryen
Le prévenu articule son propos avec une lenteur caractéristique d'une prise lourde de médicaments. Des psychotropes pour contrôler ses troubles schizophréniques. Ils n'ont rien de nouveau, mais l'expert psychiatrique qui l'a vu le 25 octobre 2018 a aussi souligné "une désorganisation de la pensée, une altération des fonctions cognitives, des hallucinations auditives". Pas d'altération ni d'abolition du discernement en revanche. L'homme parle avec aisance, clairvoyance, devant le tribunal correctionnel de Montluçon ce jeudi 21 mars. Des mois se sont passés depuis les faits : il est stabilisé.
Le Commentryen de 32 ans s'exprime depuis une salle de la prison de Riom où il est détenu, via une webcam. Il doit sortir dans deux mois. En attendant, il doit répondre de diverses dégradations, de rébellion et de menaces de mort. Il reconnaît tout. "Les gens ont dit la vérité. Je ne vais pas revenir sur mes dépositions", reprend-il. Et il reprend les faits un par un, sur des questions de la présidente.
Le 2 mai 2018 : "Je n'avais plus rien à manger chez moi"Il y a d'abord le 2 mai 2018, à Commentry, quand il a dégradé la porte d'entrée et la fenêtre d'une maison. Son locataire : un homme à qui il avait prêté 50 euros et qu'il devait récupérer. Sous tutelle, les 90 euros par mois qu'on lui verse ne lui suffisent pas. "Je n'avais plus rien à manger chez moi. Il (le locataire de la maison, N.D.L.R) m'avait donné rendez-vous devant chez lui pour récupérer la somme. Je l'ai attendu, attendu..." Les gendarmes le retrouvent plus tard, dans un état qui conduit à son hospitalisation sous contrainte, jusqu'au 4 juillet 2018.
Le 20 avril 2018 : "On prenait l'apéro"Le 20 avril 2018, toujours à Commentry, même chose, il dégrade fenêtre, porte d'entrée, et boîte aux lettres d'une autre habitation. "On prenait l'apéro. Et les gens fumaient. Ils ont voulu faire fumer un ami à moi qui venait d'être opéré." Bagarre.
Ils m'ont frappé. Ce n'est pas la première fois que je subis des violences en réunion. Je n'ai jamais porté plainte. J'ai peur de la justice. En détention, j'ai plus de confort qu'à l'extérieur. Dehors, tout le monde s'en prend aux autres pour rien
Les 17 mai et 17 août 2017 : "Elle n'y est pour rien"C'était par téléphone, les 17 mai et 17 août 2017. Il menace de mort son ancienne mandataire judiciaire. Celle-ci ne porte pas plainte, indiquant que le prévenu est malade et qu'il a demandé pardon. "Elle n'y est pour rien ; elle a beaucoup de dossiers à traiter. J'avais faim. Je n'avais rien à manger. Les menaces par téléphone, c'est facile... Je sais. J'ai fait des excuses."
Le 8 janvier 2018 : "Ils étaient sept"Il est entendu pour ces faits par la gendarmerie le 8 janvier 2018. L'audition se passe mal. Le prévenu est en crise. Il faudra trois doses de calmant par injection pour le maîtriser, avant une hospitalisation sous contrainte, de trois mois, à Châtelard. Un des gendarmes reçoit plusieurs coups, au thorax, à la jambe, au bras : deux jours d'ITT (incapacité totale temporaire). "Ils étaient sept." Il s'est senti agressé.
Je ne voulais pas monter dans le camion des pompiers. Pour moi, j'allais bien. J'ai résisté. Et le mélange avec l'alcool n'est pas bon.
Son avocat Me Antoine Douet plaide la relaxe pour les deux faits qui ont conduit à une hospitalisation. Le parquet requiert six mois de prison. Le tribunal rendra sa décision le jeudi 28 mars. Il décidera si les trois parties civiles sont recevables ou non : le gendarme, et les locataires des deux maisons dégradées ont demandé des dédommagements.
Seher Turkmenseher.turkmen@centrefrance.com