Manifestations culturelles : Des exceptions qui dérangent
Depuis que la crise s’est installée, aucun secteur n’a été épargné. Dans le domaine de la culture, certaines dépenses font polémique, même si la rationalisation est devenue le maître mot.
D’un côté, crise, plafonnement des dépenses et une population appelée à se serrer la ceinture. De l’autre, festivals culturels et stars mondiales payées à coups de milliards. La situation fait polémique pour les uns mais pas pour les autres. «Je comprends la réaction des gens. Maintenant, la question est de savoir si en temps de crise on doit baisser totalement le rideau sur l’acte culturel», s’interroge Smaïl Oulebsir, secrétaire général du ministère de la Culture. «Dans d’autres expériences, c’est justement en ces temps-là que cet acte a un rôle social important.
La culture est un stabilisateur social.» Certes, mais est-ce à l’Etat en manque de ressources de tout prendre en charge ? Non, estime Farès Mesdour, économiste. «Quand l’activité est rentable, il n’y a pas de souci, sinon ce serait du gaspillage.» Car la situation financière est délicate. Une instruction du gouvernement vient de sommer tous les établissements publics à ne pas dépenser plus de 50% de leur budget. Une contrainte qui vient s’ajouter à des allocations budgétaires déjà en baisse.
Selon le représentant du ministère, le secteur a vu son budget baisser de 35% en 2016 pour arriver à 19 milliards de dinars, sur lesquels «il n’a le droit de dépenser que 16 milliards». Pour autant, les 50% traduisent «un plafonnement» et non une «restriction», nuance Smaïl Oulebsir. «Nous ne sommes pas encore à l’austérité, mais au stade de la rationalisation de la dépense.» Il s’agit donc d’une mesure «transitoire qui peut être levée d’un moment à l’autre, en attendant de voir les revenus de l’Etat».
Temporaire ou pas, l’instruction a un impact et touche tous les secteurs à travers toutes les wilayas du pays. Mohand Achir, président de la commission financière de l’APW de Tizi Ouzou, explique qu’elle ne concerne pas «le volet des dépenses obligatoires (salaires, électricité, gaz, etc.), mais le chapitre secondaire (impression, papeterie, produits d’hygiène...)». Dans certaines APC, les maires avaient déjà engagé des dépenses au-delà du seuil plafonné, aujourd’hui, «ils ont des problèmes avec les entreprises qu’ils ont contractées».
Une situation qui ne prévaut pas dans le secteur de la culture, assure Smaïl Oulebsir, car «le plafonnement accompagne les dotations budgétaires». Cela n’empêche pas qu’il y ait «un impact sur le plan du fonctionnement car pour les équipements, il s’agit d’opérations pluriannuelles».
Pour Mohand Achir, ce qui se passe «n’est pas logique», mais s’explique par le fait qu’il y a «déconnexion» entre le ministère des Finances et les autres ministères. «Les instructions sont déconnectées de la réalité. Il n’y a aucun diagnostic pour savoir où il y a surconsommation de budget et là où il y a des sous-dépenses.» La seule certitude c’est que ce n’est pas fini. «2017 sera aussi une année difficile», prévient Smaïl Oulebsir.
Polémique
Mais si les temps sont aussi durs, comment expliquer que des milliards de centimes sont quand même déboursés pour faire venir des artistes internationaux aux cachets prétendument démesurés. Les 50 millions de dinars qu’aurait touchés la chanteuse libanaise Najwa Karam au festival de Timgad ont fait réagir plus d’un. Mais le chiffre est contesté. «Une aberration», selon l’Office national de la culture et de l’information sachant que l’ensemble du budget du festival est de «10 millions de dinars».
Pour Smaïl Oulebsir, «les montants pharaoniques qui sont annoncés relèvent de l’exagération». Il assure que le festival n’a jamais connu de «dépassement de budget». Les vrais cachets resteront pourtant secrets «confidentialité oblige», nous dit-on à l’ONCI. La culture n’aurait donc pas de prix mais «elle a un coût que l’Etat veut maîtriser» et ne veut plus être le seul à assumer.
Nouveau cap
Le type de culture que l’Etat doit prendre en charge est celui qui est en lien avec «l’identité et la mémoire», précise le secrétaire général du ministère. Pour le reste, «on ne doit pas plus continuer à financer l’acte culturel par l’argent public». Il fut un temps où l’Etat consacrait «plus de 5 milliards de dinars aux festivals. Ce n’est plus possible». Selon lui, cette «massification» de l’acte culturel répondait notamment au besoin d’exprimer «le recouvrement de la stabilité de l’Algérie». Les temps ont changé et la conjoncture de crise est propice.
Il n’est d’ailleurs plus uniquement question de rationaliser les dépenses mais aussi «diversifier les sources de financement». L’appui des collectivités locales, la recherche des sponsors et des investisseurs privés sont des pistes. A charge pour l’Etat de mettre en place les conditions financières, bancaires, fiscales et douanières susceptibles d’appuyer ce mouvement. «Nous voulons changer le mode de management de l’acte culturel d’une manière générale», affirme Smaïl Oulebsir qui reconnaît toutefois que le premier combat à mener est celui du changement des mentalités.