Pourquoi une fusion Hamon-Mélenchon est-elle si compliquée?
PRÉSIDENTIELLE 2017 - Entre Benoît Hamon et Jean-Luc Mélenchon, c'est une nouvelle bataille pour incarner le vote utile de la "vraie gauche" qui commence. Miné par les désertions dans son propre camp, le premier joue gros ce mercredi soir en s'affichant à Lille, forteresse assiégée du Parti socialiste, en compagnie de sa figure tutélaire Martine Aubry. Porté par la dynamique de sa campagne, le second veut quant à lui confirmer son avance au Havre où, après s'être affiché avec le "peuple" des dockers, le candidat de la France insoumise doit livrer un nouveau meeting à guichets fermés. Là où son rival socialiste avait eu tant de mal à faire le plein.
Dans ce duel pour l'hégémonie de la gauche sociale et écologiste, il ne peut y avoir qu'un vainqueur. Mais au risque de voir les deux compétiteurs balayés par la troisième voie incarnée par Emmanuel Macron, rejoint ce mercredi par Manuel Valls.
Il n'en fallait pas davantage pour réactiver le vieux feuilleton d'une improbable "candidature commune" à gauche de la gauche.
"Face à une menace de droite et d'extrême droite qui s'aggrave encore, il est urgent que toutes les forces de gauche engagées dans la campagne se rassemblent autour d'un projet profondément ancré à gauche", a plaidé le patron du PCF Pierre Laurent en reprenant son bâton de pèlerin. À l'agenda? Une rencontre entre Jean-Luc Mélenchon, Benoît Hamon, Yannick Jadot et lui-même "dans les prochains jours".
En vain? L'initiative a déjà échoué par le passé. Et Benoît Hamon a d'ores et déjà estimé qu'il était "le seul à pouvoir conjuguer des électorats différents, des radicaux aux plus modérés". Quant à Jean-Luc Mélenchon, s'il a réservé sa réponse à 19h30 ce mercredi, son entourage le voit mal sacrifier sa candidature au moment où il fait la course en tête à gauche de la gauche. "On ne s'occupe pas de Hamon, car on ne s'occupe pas de ceux qui sont derrière nous", a résumé Danielle Simonnet.
De l'impossibilité d'un ticket présidentiel
L'improbable "fusion" des candidatures semble d'autant plus incongrue que, sous la Ve République, l'élection présidentielle ne prévoit aucun "ticket". La seule fois où ce dernier a été expérimenté s'est conclue par un fiasco, le tandem de 1969 Gaston Defferre et Pierre Mendès France, échouant à peine au-dessus de la ligne de flottaison des 5%. Depuis, seul le candidat en lice reste maître de sa campagne. Tout retrait de l'un implique de facto un effacement au profit de l'autre.
Fort de ce précédent, il serait aisé de résumer l'incapacité des deux hommes à trouver un terrain d'entente à une simple querelle d'ego. Refus de l'austérité, promotion d'une VIe République, défense de la transition énergétique, politique de redistribution... Après tout, ne partagent-ils pas déjà l'essentiel sur le fond?
Ce serait oublier les profondes divergences qui les opposent, notamment sur les questions internationales, où Jean-Luc Mélenchon a fait de son bras de fer avec l'Europe (la menace du fameux "Plan B") la pierre angulaire de son refus des contraintes budgétaires pilotées depuis Bruxelles.
L'os dur de nos désaccords avec Benoît Hamon est la question européenne. Il refuse toute stratégie de type plan B. #DimPol #France3
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) 5 mars 2017
Quant à Benoît Hamon et à ses alliés écologistes, ceux-ci ont érigé la relation avec la Russie et son président Vladimir Poutine en pierre de voûte de leur incompatibilité avec les mélenchonistes.
La démocratie est en danger et Mme Le Pen et M. Fillon et Mélenchon expriment de la fascination envers M. Poutine qui arrête 700 opposants. pic.twitter.com/uygNHJvQc9
— Benoît Hamon (@benoithamon) 26 mars 2017
"À cinquante jours du premier tour, il n'est pas possible de régler la différence qui, par exemple, nous sépare sur la question essentielle de l'Europe", avait écrit le co-fondateur du Parti de gauche au lendemain de leur première fusion avortée. On imagine mal comment la situation pourrait évoluer à 25 jours du vote.
Des légitimités irréconciliables
Si tant est que cela soit encore possible, il faudrait enfin qu'un des deux candidats engagés dans la course à l'Elysée renonce à ce qui fait sa légitimité politique. Jean-Luc Mélenchon l'a dit et redit: voilà plus d'un an qu'il a proposé sa candidature aux Français en s'affranchissant de la tutelle des partis. Hors de question pour lui de sceller des alliances dans un quelconque "cartel" au risque de démonétiser la spécificité de son mouvement La France insoumise.
A l'inverse, Benoît Hamon puise sa légitimité dans le vote de la primaire et dans sa volonté d'incarner une candidature d'équilibre, au point de rencontre de toutes les gauches. Un positionnement qui rend délicat tout ralliement à Jean-Luc Mélenchon, hostile par principe à la primaire et faisant encore office d'épouvantail pour nombre d'alliés de Benoît Hamon.
Même si ce dernier acceptait de sacrifier sa candidature, il y a fort à parier que plusieurs de ces soutiens, du PRG de Sylvia Pinel jusqu'aux caciques du Parti socialiste, refuseraient de le suivre. "Le PRG avait déjà trouvé discutable l'accord intervenu avec EELV. Une union entre Benoît Hamon et la France insoumise contreviendrait aux engagements pris par Benoît Hamon et enverrait le signal d'une gauche repliée sur le passé. Ce qui serait inacceptable pour les Radicaux", prévient à l'avance le PRG.
Dans un courrier aux militants socialistes, le premier secrétaire du PS Jean-Christophe Cambadélis, a d'ailleurs rappelé que Jean-Luc Mélenchon a déjà "refusé l'unité au moment où elle était possible" et "délibérément clos le chapitre de l'union de la gauche".
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