Gambie portrait : Yahya Jammeh, dictateur et fier de l’être
La vidéo n’est pas de très bonne qualité, mais peu importe. Son contenu, lui, est historique. Beaucoup de téléspectateurs incrédules se sont frotté les yeux en observant la scène, songeant un temps à un canular, à un montage. Mais non.
Elle est filmée le 2 décembre 2016. Yahya Jammeh, "fier" dictateur gambien, appelle au téléphone Adama Barrow, l’opposant qui vient de remporter l’élection présidentielle, et concède sa défaite. Il est assis dans un fauteuil en cuir vert, au bout d’une table de réunion rectangulaire, probablement celle du Conseil des ministres.
L’imposant président porte comme très souvent un boubou blanc et une chéchia de la même couleur. Le plan est serré. Il est détendu, souriant, parfois hilare.
"Les Gambiens ont fait leur choix, et j’accepte cette décision", annonce Jammeh, qui dirige d’une main de fer depuis vingt-deux ans cette ancienne colonie britannique enclavée dans le Sénégal, où 60 % de la population vit dans la pauvreté. "Vous dirigerez le pays en janvier 2017. Je vous assure d’être à vos côtés pendant la transition." Le président gambien promet de quitter le pouvoir et précise qu’il compte embrasser une vie de fermier.
Moins d’une semaine plus tard, marche arrière toute. Yahya Jammeh réapparaît à la télévision pour contester le scrutin. Il qualifie de "perfide" la Commission électorale indépendante – l’IEC, dont le président a fui depuis au Sénégal, craignant pour sa sécurité – et dénonce son manque d’indépendance. Et de saisir la Cour constitutionnelle, qui doit examiner sa demande d’annulation de l’élection mardi 1...