Goldnadel : “bientôt la peillonisation des esprits ?”
Tribune. Chaque semaine, Gilles-William Goldnadel propose aux lecteurs de Valeurs actuelles son regard sur l'actualité.
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A ce stade de décomposition intellectuelle où elle se trouve, il n'est ni incongru ni offensant de se poser directement cette question : la gauche française n'est elle plus capable que de produire désormais que de l'ineptie ? Et lorsque j'écris ineptie, je confesse qu'il n'est pas le premier mot qui me vient à l'esprit.
Les déclarations de Vincent Peillon comparant le sort des musulmans français d'aujourd'hui à celui des juifs d'hier représentent un exemple assez emblématique pour asseoir cette démonstration qui s'impose. L'ancien ministre de l'éducation nationale est loin d'incarner ce qui se fait de plus bête au sein de son parti. Il ne manque ni de culture historique ni de distinction. Il n'a pas les extravagances d'un Mélenchon ou la rouerie politicienne post-trotskiste d’un Cambadélis qui eux aussi se sont perdus dans les réductions ad hitlerum les plus éculées, notamment pour de basses raisons clientélistes.
Lui aurait dû savoir que ces références à ce passé qui ne passe pas ne passent plus. Lui aurait dû comprendre que de comparer l'incomparable donne droit désormais à un billet sans retour pour Sèvres et son étalon du con, pour parler comme Audiard. Eh bien non, la référence à l'horizon indépassable de la souffrance leur est irrépressible. Tourner le dos à la réalité est constitutif de l'ADN de la gauche morale. La plénélisation des esprits gauchisants a tellement fait son oeuvre que l'obligation ontologique de constituer le musulman en nouveau- juif- souffrant n'appartient plus à la réflexion mais au réflexe conditionné. Et tant pis pour la réalité. Tant pis pour la banalisation insultante de la Shoah. Tant pis pour l'évidence qui commande de rappeler que les juifs des années 40 ne massacraient personne au nom de leur Dieu. Tant pis pour cette autre évidence qui autorise de se réjouir qu'aucun enfant musulman aujourd'hui n'a été massacré dans une école ou un supermarché.
M. Peillon aurait été bien inspiré, pour sa réputation comme pour ma dignité de ne pas m’imposer d’avoir à enfoncer ces portes ouvertes sur la banalité. Mais une autre ministre de l'éducation nationale, en la personne de Ségolène Royal, aura enrichi également cette semaine d’un exemple savoureux ma théorie du processus irrésistible de crétinisation intellectuelle de la gauche française.
Dans le Monde, l'ancienne candidate à la présidence de la république, qui avait fait montre à l'époque d'une agilité intellectuelle assez remarquable, se lance dans un très audacieux appel à la “transgression féminine”. Au psychanalyste cathodique Gérard Miller, qui l'écoute religieusement , Mme Royal explique doctement que c'est en tant que femme qu'elle aurait été injustement critiquée pour avoir dit la vérité sur Fidel Castro. D'où son encouragement à la transgression féminine…
Ainsi va l'essentialisme qui est en train de perdre la gauche, son crédit et qui aura failli emporter le pays. Essentialisme de la souffrance victimaire musulmane ici, féminine la… Fascination toujours aussi vivace à l'égard du communisme criminel, partout.
Combien aura coûté à la gauche la victimisation ridicule de Léonarda ?
Combien lui aura coûté sa théorisation du genre et puis sa négation ?
Combien l’a abaissée, l’ ABC de l'éducation et le jargon jargonnant sur l'en commun inclusif qui fait société ?
Définitivement ce discours tombe à plat, mais ils ne le savent pas...
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