Ecarter Jean-Marie Le Pen pour dédiaboliser le Front national
Le cofondateur de la formation menacé d'expulsion du parti d'extrême droite dirigé par sa fille.
La polémique naît début avril dans les colonnes du journal d'extrême droite "Rivarol" et sur les ondes de la radio RTL. Une fois de plus, Jean-Marie Le Pen dérape. Il réaffirme que les chambres à gaz sont "un détail de l'histoire" . Sur le papier, il s'en prend à Florian Philippot, le numéro deux du Front national (FN), un ex-partisan du Mouvement citoyen républicain de l'ancien ministre de gauche Jean-Pierre Chevènement, et encense le maréchal Pétain.
Trop, c'est trop, tonne la nouvelle garde du FN, menée par sa fille Marine. Et d'enclencher une procédure d'exclusion contre le "Menhir", surnom du patriarche, et sa destitution de son poste de président d'honneur. Trois décisions judiciaires, depuis, ont contrecarré la volonté de la direction du parti d'extrême droite. Les juges ont donné raison à Jean-Marie Le Pen. Celui-ci, durant l'été, n'a eu de cesse de s'en prendre à sa fille et son bras droit.
Dédiabolisation
La question est sur toutes les lèvres: pourquoi Marine a-t-elle décidé de s'en prendre à son père? Pour l'historien Nicolas Lebourg, spécialiste des extrêmes droites, les dérapages de Le Pen sont "une véritable collection de symboles fracassant les thèmes de la dédiabolisation" , confie-t-il au "Figaro".
La dédiabolisation du FN est un thème récurrent depuis l'arrivée de Marine Le Pen à sa tête. Celle-ci, ainsi que ses proches au sein de la formation, aspire au pouvoir. Avec ses déclarations impromptues, le patriarche dérange cette stratégie.
"La dédiabolisation ne va pas toute seule, c'est une dialectique. Le FN a besoin d'être dédiabolisé pour prétendre au pouvoir; mais il a aussi besoin de donner des gages de radicalité pour se distinguer du reste de l'offre politique" , estime le politologue Sylvain Crépon dans "Libération".
Selon lui, on assiste au chant du cygne de Jean-Marie Le Pen. Et avec lui disparaîtra "la transgression par rapport à deux référents essentiels: la Shoah et la Résistance. Il n'est plus possible de gagner en politique quand on est en porte-à-faux sur ces sujets".
Economie
Par contre, pour Nicolas Lebourg, quand Jean-Marie Le Pen s'en prend aux positions "gauchisantes" du parti sur l'économie, "il a le mérite d'exprimer une position partagée par une partie de la base" . Celle-ci soutient davantage une ligne plus libérale. "On présente souvent l'électorat populaire du FN comme venu de la gauche" , rappelle Sylvain Crépon. "Or, les études sérieuses sur le sujet montrent que les frontistes ouvriers sont... de droite. Leur discours, leur identité politique sont de droite."
Reste encore à savoir quel est le réel pouvoir de nuisance de Jean-Marie Le Pen pour un FN remodelé. Dans un premier temps, le "Menhir" a hésité à présenter une liste dissidente aux régionales en Provence-Alpes-Côte d'Azur, qui se dérouleront en décembre de cette année. Il a finalement renoncé à affronter sa petite-fille, Marion Maréchal-Le Pen, tête de liste FN.
Cette prochaine échéance - Marine Le Pen concourt en Nord-Pas-de-Calais-Picardie - en dira davantage sur la réelle implantation locale du parti. Le tout dans la perspective de la présidentielle de 2017. Avec une Marine au second tour? DANIEL DROZ