Les révolutionnaires aux municipales : la bêtise et l’envie
L’idéologie révolutionnaire n’est pas cantonnée à l’extrême gauche qui s’en réclame explicitement : elle irradie une partie non négligeable de la gauche.
Lors des élections municipales, les partis d’extrême gauche se sont une nouvelles fois présentés, et en ordre dispersé. A Paris, par exemple, suivant les arrondissements, les électeurs disposaient d’un large choix entre le NPA (Nouveau Parti anticapitaliste)-révolutionnaires (le NPA s’est en effet scindé, comme fréquemment avec les groupuscules d’extrême gauche), Lutte ouvrière et le Parti des travailleurs. Certes, leurs scores ont été confidentiels, mais tout de même il s’est trouvé plus de 12.000 électeurs pour voter en leur faveur, soit exactement 1,5 % des suffrages exprimés. N’oublions pas que lors de la dernière élection présidentielle, plus de 450.000 de nos concitoyens se sont prononcés pour les candidats qui portaient les couleurs de Lutte ouvrière et de NPA.
On pourrait se dire que de tels scores ne méritent guère de retenir l’attention et pourtant… Pourtant, la rhétorique de ces groupuscules ne leur est pas propre. Elle se retrouve, parfois expressément, parfois implicitement, dans les discours et les écrits des hommes politiques du PCF, de LFI et du PS.
Que nous disaient ces groupuscules à Paris dans leurs professions de foi et autres tracts ? Lutte ouvrière accusait le gouvernement de ne pas trouver d’argent pour les services publics, mais d’en trouver pour construire un porte-avions. Une allégation ridicule puisque la France compte l’État social le plus pesant de l’univers et que nos armées ont été tout particulièrement sacrifiées sur l’autel des « dividendes de la paix » entre 1997 et 2017. Mais ce qui frappe dans l’ensemble des argumentaires, c’est le fait que ce sont les « travailleurs » qui « produisent toutes les richesses », dixit « Paris ouvrière et révolutionnaire » de NPA ; ce sont eux qui « produisent tout, font tout fonctionner ». En bref, pour paraphraser Philippe Poutou, « un patron, ça sert à rien » ! En quoi les propos de La France Insoumise se distinguent-ils de ces mots ?
Les objectifs et les méthodes sont semblables : Lutte ouvrière a une « perspective communiste et révolutionnaire », tandis que NPA parle de « perspectives révolutionnaires et internationalistes ». On est proche de l’insurrection, d’autant qu’ils plaident en faveur de la « grève générale », dixit NPA, ou de l’instauration d’un « gouvernement de la classe ouvrière », dixit le Parti des travailleurs ! Les « travailleurs » qui se sont présentés au suffrage, d’un profil très monolithique (des fonctionnaires pour la plupart), avaient paradoxalement un programme souvent peu révolutionnaire à court terme : indexation des salaires, pensions et allocations sur les prix, et répartition du travail pour Lutte ouvrière ; 400 euros net d’augmentation pour tous, un salaire, une pension ou une allocation minimale de 2.000 euros pour tous, l’interdiction des licenciements et la régularisation de tous les sans-papiers pour NPA ; la défense des services publics et la réquisition des logements vacants pour le Parti des travailleurs (qui, sur son site, reconnaît « l’apport de la Révolution russe » !).
Tous ces éléments de langage se retrouvent peu ou prou chez les Insoumis, comme chez nombre de socialistes, mais également chez moult syndicalistes, à commencer par la CGT de Sophie Binet. En réalité, c’est la plus grande partie de la gauche, héritière des sans-culottes, qui est infestée par un anticapitalisme primaire et nauséabond.
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