Six Nations: un tournoi qui a donné le tournis
Les Bleus ont conservé leur titre in extremis samedi soir grâce aux sauveurs Ramos et Bielle-Barrey
En sport, et, semble-t-il, plus particulièrement en rugby, comme d’ailleurs en tout, la logique se révèle souvent facétieuse, pernicieuse, infidèle à elle-même, ainsi que l’a confirmé cette 26ème édition du Tournoi des Six nations.
Miraculeux
Oubliant que « l’imprévisible est une réalité prévisible », selon le pertinent propos de l’auteur de polars américain, Charles Willeford[1], aux Bleus, les devins chroniqueurs de l’Ovalie leur avait prédit le sacre suprême, le Grand Chelem. Ils ont dû se contenter avec quelques regrets du seul titre… pour la seconde année consécutive depuis que cette compétition a été portée à six avec l’inclusion de l’Italie en 2000, ce qui est loin d’être, avouons-le, négligeable. Le XV tricolore l’a décroché à l’issue, samedi, d’un palpitant, dingue de dingue, match, le 120ème contre l’Angleterre, au stade de France. Plus que toutes les autres confrontations entre ces deux nations, reines de l’ovalie, celui-ci a mérité son historique sobriquet de « Crunch », qu’en l’occurrence on peut traduire par « broyage ». Pour l’austère et très conservateur quotidien britannique, The Telegraph, ça été « l’un des matches les plus fous et trépidants » de l’histoire des Six Nations.
Alors qu’en tout, un déluge 13 essais ont été marqués (sept par les Français, six par les Anglais), les Bleus ne sont parvenus finalement à s’imposer que par une étriquée marge de deux petits points (48-46) grâce à une pénalité passée par Thomas Ramos, le buteur au pied droit qui ne tremble pas chaque fois qu’une transformation cruciale entre les poteaux se présente à lui. Et il l’a réalisée, cette pénalité, juste dans les secondes après l’expiration du temps réglementaire[2]. Pour les supporteurs croyants, elle ne peut qu’être la preuve de l’existence d’un Dieu tout puissant…
Coup de grâce
L’entame de la rencontre a été totalement échevelée. A la 7ème minute, c’est Louis Bielle-Biarrey, la flèche au casque rouge, meilleur marqueur du tournoi avec à son palmarès dans cette édition neuf essais, qui a inauguré un festival de chassés-croisés au tableau en marquant son premier de sa série de quatre (une rare prouesse) qui ne sera pas transformé. Trois minutes plus tard, le XV de la Rose prend l’avantage en en transformant un. Trois nouvelles minutes après, les Bleus, grâce au second essai de Bielle-Barrey transformé, les Bleus reprennent la tête. Et ainsi de suite jusqu’à la mi-temps où les Anglais sont devant (27-24). Et à trois minutes de coup de sifflet final, ces derniers semblent avoir réalisé un hold up sur le match en allant aplatir entre les poteaux et à la transformation immanquable leur donnant l’avantage d’un ténu petit point à 46-45.
Donc à moins d’un miracle, le sort fatidique des Bleus semble bien définitivement scellé. Et l’Irlande qui a vaincu par un 43 à 21 quelques heures auparavant l’Ecosse, tortionnaire de ces mêmes Bleus une semaine auparavant, peut rêver du titre. Mais, hélas pour elle, le miracle a eu lieu, ce XV de la Rose qui a réalisé sa pire campagne de toute son histoire dans cet ancestral tournoi, qui tenait la dragée haute à un XV tricolore refusant de capituler chez lui, a reçu le coup de grâce : la pénalité de la 80ème minute.
Cette 26ème édition des Six Nations restera dans l’histoire comme celle qui a donné le tournis tellement l’imprévisible est advenu. Ainsi, une Italie, pour la première fois, a vaincu l’Angleterre par un 23 à 18 et termine 4ème devant cette même Angleterre. L’Ecosse qui s’est incliné face à l’Irlande (43-21) que la France avait battue (36-14) a infligé aux Bleus une humiliante défaite en lui infligeant 50 points contre 40, la frustrant du Grand Chelem. Le Pays de Galles a obtenu son unique victoire contre l’Italie à Cardiff (31-17) qui avait vaincu l’Angleterre, et avait failli vaincre l’Ecosse qui termine 3ème. Les Gallois s’étaient inclinés (23-26) après une incroyable « remontada » des Ecossais en 2ème mi-temps. Comme l’a dit Fabien Galthié, le sélectionneur français, l’homme aux lunettes à grosse monture noire, « ç’a été un tournoi monstrueux, avec des scores fleuves ». En tout 109 essais ont été marqués, toutes les équipes ayant privilégié l’offensive à la défensive.
Avec maintenant ses huit titres dont deux fois deux consécutifs, la France est la championne des Six Nations. Elle devance l’Angleterre qui en détient sept, l’Irlande et Pays de Galle six, Ecosse et Italie aucun.
[1] Auteur notamment de Miami Blues
[2] En rugby, quand le temps réglementaire est écoulé, le match ne se termine qui si le ballon sort du terrain.
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