Opep+ : hausse des quotas de production et tensions face au risque de fermeture continue du détroit d'Ormuz
Dans un contexte de forte déstabilisation régionale lié à la guerre au Moyen-Orient, huit membres de l’Opep+ ont décidé d’augmenter leur production de 206 000 barils par jour à compter d’avril. Autour de la table figuraient l’OPEP et ses alliés, dont l’Arabie saoudite, l’Irak, les Émirats arabes unis, le Koweït, l’Algérie ainsi que la Russie, le Kazakhstan et Oman. Cette hausse dépasse les 137 000 barils initialement anticipés, mais elle reste modeste face aux risques qui pèsent sur l’approvisionnement mondial.
La décision vise officiellement à préserver « l’équilibre du marché », sans mentionner explicitement l’Iran. Pourtant, la menace d’un blocage du détroit d’Ormuz, par où transite près de 20 % du pétrole mondial, domine toutes les analyses. Une fermeture durable pourrait retirer jusqu’à 8 à 10 millions de barils par jour du marché, rendant l’ajustement annoncé largement insuffisant.
Des alternatives régionales insuffisantes
Le Brent, déjà porté au-delà de 72 dollars par une prime géopolitique, pourrait s’envoler davantage, certains scénarios évoquant un baril à 120 dollars en cas de conflit prolongé. Après les frappes contre l'Iran, les prix de l'essence en Europe ont augmenté de plus de 22 %.
Les marges de manœuvre restent étroites. Seuls Riyad et Abou Dhabi disposent de capacités excédentaires significatives. L’Arabie saoudite peut contourner Ormuz grâce à son oléoduc Est-Ouest vers la mer Rouge, tandis que les Émirats arabes unis disposent d’une liaison reliant Abou Dhabi au terminal de Fujairah sur la mer d’Arabie.
De surcroît, les champs gaziers et pétroliers de la zone restent vulnérables aux attaques, ce qui augmente considérablement la vulnérabilité du secteur énergétique.
Ces infrastructures offrent une alternative partielle mais insuffisante pour compenser un blocage total du détroit. L’Irak et le Koweït demeurent fortement dépendants du transit maritime dans le Golfe, tandis que la Russie produit déjà à un niveau proche de son maximum.
Au-delà de la stabilisation des prix, l’Opep+ joue aussi une bataille de parts de marché face aux producteurs américains, brésiliens ou guyaniens. Une nouvelle hausse pourrait être discutée lors de la réunion du 5 avril, mais dans l’immédiat, la logistique et la sécurité des routes d’exportation pèsent davantage que les quotas. La crise rappelle que la vulnérabilité du Golfe dépasse la simple question des volumes : elle touche au cœur de la sécurité énergétique mondiale.