Au Royaume-Uni, le réseau de canaux en péril
Une scène illustrant le délabrement du réseau de canaux britanniques, vieux de 200 ans, dont le développement a accompagné la révolution industrielle.
" L'ensemble du réseau de canaux est vulnérable", s'inquiète Charlie Norman, le directeur des campagnes de l'Inland Waterways Association (IWA), une association qui milite pour l'entretien des canaux et des rivières britanniques.
En cause: les effets accrus du changement climatique, tels que les sécheresses estivales et les fortes pluies hivernales, qui fragilisent encore davantage les voies navigables. Mais aussi un "financement insuffisant dans tout le secteur" qui a entraîné une "détérioration générale" de ce réseau long de 7.600 km.
Le mois dernier, une douzaine d'ouvriers ont été mobilisés pour superviser l'opération complexe destinée à récupérer trois narrowboats - d'étroites péniches conçues pour les dimensions des canaux britanniques -, échoués dans un canal à Whitchurch, en Angleterre, tout près du Pays de Galles.
De la berge, portant un gilet de sécurité et un casque, Julie Sharman, la directrice des opérations du Canal & River Trust, une organisation chargée de l'entretien d'environ 3.200 km de voies navigables en Angleterre et au Pays de Galles, observe la scène.
– "Décisions difficiles" –
"Il est indéniable qu'il faut plus d'argent pour entretenir notre réseau de canaux ", dit-elle.
" Les gens pensent parfois que les canaux sont entretenus par les autorités locales ou par le gouvernement mais ce n'est pas le cas. Ils sont entretenus par nous, une organisation caritative ", poursuit Mme Sharman, interrogée par l'AFP.
"Nos ingénieurs doivent prendre des décisions difficiles chaque semaine" quant aux chantiers prioritaires et "il y a toujours une très longue liste de choses à faire", souligne-t-elle.
Le Canal & River Trust enquête sur l'affaissement du canal de Whitchurch. " De petites ruptures et de petites défaillances se produisent" régulièrement mais "il est rare d'avoir une rupture de cette ampleur", commente Mme Sharman.
En janvier 2025, un autre effondrement s'était produit, à Bridgewater dans le nord-ouest de l'Angleterre, entraînant l'assèchement de près de trois kilomètres du canal.
Le Canal & River Trust touche actuellement une subvention gouvernementale annuelle de 52,6 millions de livres (60 millions d'euros), soit 22% de ses revenus annuels, le reste provenant de l'exploitation commerciale de ces voies navigables et de dons. Mais cette subvention va diminuer chaque année de 5% sur la prochaine décennie, regrette l'association.
Le gouvernement britannique a toutefois promis le 4 février de lui accorder un financement supplémentaire de 6,5 millions de livres " afin d'aider à renforcer la résilience du réseau sur le long terme" et le "préserver" face aux effets du changement climatique.
Après la disparition en 2012 de British Waterways, un organisme public lié au gouvernement britannique, la maintenance des canaux et des rivières a été confiée à une série d'autorités, la plus importante étant Canal & River Trust.
– Transport et loisirs –
" Avant les canaux, le transport des marchandises à travers la Grande-Bretagne se limitait aux chevaux et aux charrettes", rappelle l'historien Mike Clarke. Le développement des canaux a considérablement augmenté les capacités de transport.
Après une période de déclin, " un mouvement de restauration est apparu dans les années 1960" et les gens ont commencé à vivre sur des péniches, poursuit Mike Clarke.
Aujourd'hui, plus de 35.000 bateaux sont enregistrés auprès du Canal & River Trust et empruntent le réseau, qu'ils soient utilisés pour transporter des marchandises, pour les loisirs ou en résidences permanentes.
Environ 15.000 personnes vivent sur des péniches, comme Matt Gibson, dont le bateau décoré de plantes est amarré sur Regent's Canal à Londres.
"J'adore vivre ici. Je n'ai pas besoin de beaucoup plus d'espace", confie cet homme de 52 ans, qui a fait le choix au moment de la pandémie d'"explorer un autre mode de vie".