Delphine Ernotte ou le sévice public
La commission d’enquête de l’Assemblée sur l’audiovisuel public a reçu les directeurs de l’information, actuels ou passés, du service public – Arlette Chabot, Thierry Thuillier, Laurent Guimier, Jean-Philippe Baille – ainsi que David Pujadas. Il s’agissait, en substance, de les interroger sur la gestion de France Télévision par Mme Delphine Ernotte, nommée par François Hollande en 2015 puis reconduite par Emmanuel Macron en 2020 et 2025.
Si sa longévité à la tête du groupe tient du record, il n’en est pas de même pour les directeurs de l’information. M. Thuillier, démissionnaire à l’arrivée de Mme Ernotte, a dirigé ensuite l’info sur LCI puis TF1 pendant des années jusqu’à aujourd’hui, alors que dans le même temps France Télévision a connu six directeurs, souligne le rapporteur Charles Alloncle (UDR). Or, les cinq journalistes auditionnés sont tous tombés d’accord pour le dire, « le plus important, c’est la confiance entre le président et le directeur de l’information » (Arlette Chabot), pour former un « tandem » qui infuse une stabilité.
M. Thuillier a insisté sur le rôle de l’Etat actionnaire, qui doit fixer une ambition, définir une stratégie pour le mandat de 5 ans, afin de cimenter un minium de stabilité. Or, c’est ce qui manque et a toujours manqué, d’après lui. Si, au moins, la commission permettait de dégager une vraie conception du service public, et partant, des moyens pour la mettre en œuvre, ce serait un grand pas en avant. Chez TF1, l’actionnaire Martin Bouygues , lui, « laisse les gens travailler » et c’est cette stabilité, cette constance, qui font toute la différence.
Interrogé sur la possibilité de produire à des coûts moindres, M. Guimier répond que, là encore, « la première source d’économies, c’est de fixer un cap clair », comme le recentrage de France 3 sur le local, qui a permis la suppression des éditions nationales de ses JT. En outre, plusieurs intervenants ont fait ressortir des contradictions entre la nécessité de faire des économies et certaines injonctions, comme de garder tel ou tel « impératif de service public » qui coûte cher. Ils regrettent aussi des variations de cap, là où Jean-Pierre Pernaut sur TF1 a installé son maillage de correspondants locaux sur toute la France dès la fin des années 1980 pour atteindre le double de l’audience du 13h de France 2.
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