La lente chute de la Hongrie de Viktor Orban
En 2016, nous avions salué la décision du gouvernement Orban qui avait instauré un taux d’imposition sur les sociétés à… 9 % ! Alors qu’en France, ce taux était à 35 %. On s’attendait à ce que la Hongrie suive une belle courbe ascendante, sur la lancée du fort développement économique qu’elle avait connu après la chute du communisme en 1990, période où elle était en bien meilleure posture que la grande majorité des pays de l’Est. Malheureusement, son PIB/hab (PPA) est tombé en bas du classement européen, derrière, même, la Roumanie. Elle est maintenant considérée, avec la Bulgarie, comme l’un des pays de l’Union européenne où le niveau de vie est le plus bas. La faiblesse de l’économie est d’ailleurs l’une des raisons du mécontentement des électeurs qui vont se rendre aux urnes le 12 avril prochain. En 2025, le produit intérieur brut n’a progressé que de 0,4 % et l’inflation cumulée depuis fin 2019 dépasse 57 %. En août 2025, le Fonds monétaire international a d’ailleurs averti que son économie se trouvait à un « tournant difficile, avec une production stagnante depuis trois ans et une inflation supérieure à l’objectif fixé. »
Plusieurs causses sont à l’origine de ce déclassement. Orban, au pouvoir depuis 2010, a mis en place ce qu’on appelle là-bas le « capitalisme des copains ». Pas difficile de comprendre de quoi il s’agit : les proches sont privilégiés pour occuper les postes clés, même s’ils n’ont pas les compétences nécessaires. Des politiques industrielles étatiques et des investissements hasardeux, beaucoup dans les voitures électriques (avec des fonds européens !) ont creusé le déficit public. En décembre dernier, l’agence de notation Fitch prévoyait que le déficit budgétaire du pays atteindrait 5,6 % du PIB cette année, contre 5 % en 2025, en raison de nouvelles mesures prises à l’approche des élections législatives de 2026 : augmentation des pensions avant les élections, davantage d’exonérations fiscales pour les mères, hausse du salaire minimum et revalorisation des salaires des enseignants et d’autres fonctionnaires et agents du secteur public
Le représentant des « démocraties illibérales » fait campagne contre l’Europe qu’il accuse, comme les souverainistes français, de tous les maux. Pourtant, depuis que la Hongrie a rejoint l’UE en 2004, elle a reçu plus de 57 milliards d’euros de fonds européens.
Enfin, selon Transparency International, la Hongrie est le pays le plus corrompu de l’UE depuis quatre ans. En 2025, elle a chuté à la 84e place sur 182 dans l’indice de perception de la corruption – elle était à la 53e en 2010, année où Orban est devenu Premier ministre. L’opposant principal dans ces élections, Péter Magyar, est un ancien du parti d’Orban, Fidesz. Il veut justement en finir avec cette corruption. Il veut aussi que son pays se détourne de la Russie, qu’il qualifie d’« agresseur », et revienne vers l’Europe.
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