Kaori Ito, directrice d'un théâtre de Strasbourg, va passer la main
"Il m'apparaît que la décision la plus responsable est de ne pas solliciter le renouvellement de mon mandat de directrice", écrit Mme Ito dans un communiqué.
Selon le média local Rue89 Strasbourg, l'artiste était accusée de "management toxique" par plusieurs employés, qui ont décrit un "climat pesant", dû à ses "sautes d'humeur" ou "propos humiliants". La "quasi-totalité de l'équipe" du TJP "trouve les conditions de travail éprouvantes sur le plan émotionnel", a pointé, selon Rue89, un récent rapport d'un cabinet de conseil, mandaté pour analyser les risques psychosociaux au sein du théâtre.
"Les difficultés rencontrées ont aujourd'hui atteint un niveau qui dépasse ce que je suis en mesure de porter", commente Mme Ito, qui se dit "profondément affectée".
L'artiste, formée au ballet classique au Japon et à la danse moderne aux Etats-Unis, et qui a présenté plusieurs spectacles au festival d'Avignon, souligne être "arrivée au TJP dans un contexte particulièrement hostile", et avoir dû composer avec "un héritage bien plus ancien que (son) arrivée".
Si elle admet avoir "commis des erreurs", la directrice refuse de "porter seule la responsabilité d'un écosystème entier, alors même que j'ai été nommée, exposée et mise en cause dans plusieurs publications médiatiques".
"Ma culture, ma langue, ma manière d'entrer en relation ont constitué des freins bien plus puissants que je ne l'avais imaginé à une communication fluide", ajoute l'artiste japonaise, qui réside en France depuis 20 ans. Pour les artistes "de culture étrangère", il est "encore plus complexe" de "passer du métier d'artiste à celui de directrice et de manageuse d'une institution telle qu'un centre dramatique national", a-t-elle estimé.
Mme Ito se dit prête à "accompagner" la transition avec son successeur, prévue à la fin de l'année.
Créé en 1974, le TJP a mis à l'honneur des pratiques artistiques alors ignorées par les institutions théâtrales (conte, poésie, mime, arts de la rue, et particulièrement les marionnettes), avec un accent mis sur le jeune public. Il emploie une trentaine de salariés et artistes associés.