Non, Mme Thoury, le CESE n’est pas un contre-pouvoir
Comme tous les cinq ans, le 20 mai prochain, les conseillers du Conseil économique, social et environnemental (CESE) devront élire leur nouveau président. Certains ont déjà présenté leur candidature, comme Claire Thoury, présidente du Mouvement associatif, conseillère au CESE et soutenue par plusieurs syndicats (dont la CFDT, la CGT, FO…).
Quelle n’a pas été notre surprise de découvrir, dans une interview pour La Tribune du Dimanche, son ambition pour cette institution au coût de 34,1 millions d’euros. Mme Thoury, qui a fait une grande partie de sa carrière dans le secteur public (mairie de Paris, ministère en charge de l’enseignement supérieur, CESE) et associatif (Animafac), considère en effet que le CESE devrait être un « acteur pour la résolution des crises que traverse le pays », que ce soit dans le domaine agricole, du logement, de l’emploi des jeunes ou des finances publiques. Comment un tel « machin », dont les membres travaillent moins de 35 heures par semaine, pourrait-il résoudre des crises ? Comme la Cour des comptes l’a relevé, le CESE prétend respecter le régime des 1607 heures, tout en incluant les jours fériés dans les jours ouvrés. Par ailleurs, cette agence consultative est si peu consultée que la majorité de ses travaux sont menés dans le cadre d’auto-saisines : elles s’élèvent à 131 depuis 2019, contre 34 saisines externes (incluant les saisines obligatoires pour certains projets de loi).
Ensuite, Claire Thoury affirme que l’objectif du CESE devrait être « d’accompagner la décision publique dans la réponse à des besoins concrets, conformes à la réalité, pas en fonction de présuppositions ou de fantasmes ». Que dire alors, de la dernière séance plénière sur les stratégies anti-genre et les mouvements « masculinistes » ? Où est le besoin concret dans le fait de réunir près de 124 personnes pour voter une résolution qui défend l’idée d’une internationale réactionnaire ? Cet exemple suffit pour se demander si le CESE est le reflet de la société civile ou le porte-voix d’une certaine gauche institutionnelle.
On peut se poser la question : cette fausse agora, cet organisme d’inutilité publique qui s’ajoute à de nombreuses autres instances, conseils et comités, joue-t-il réellement le rôle d’un contre-pouvoir, comme le prétend Mme Thoury, ou permet-il avant tout des fins de carrière honorifiques ?
L’article Non, Mme Thoury, le CESE n’est pas un contre-pouvoir est apparu en premier sur Contrepoints.