Les leçons des municipales
Chacun scrute les résultats des municipales pour y lire les stratégies qui réussiront à la présidentielle. Ce marc de café reste opaque, mais l’analyse permet néanmoins de tirer des enseignements. Il en ressort que, heureusement la qualité des candidats compte, la porosité du RN augmente, la gauche en sort perdante, la droite gagnante mais divisée. Les partis sauront ils en retenir les leçons ?
Pour gagner il faut des bons candidats. Comment y parvenir avec les années de prison de Carignon à Grenoble, les procès qui courent après Rachida Dati et ceux qui vont courir contre Estrosi ? Certes, les candidats faisant l’objet de procédures pénales n’ont pas tous été sanctionnés dans les urnes. Ceux que l’opinion ne juge pas coupables, comme Alliot à Perpignan jugé avec Marine Le Pen dans le procès des assistants parlementaires européens, n’en ont pas été gênés. Mais les urnes n’aiment pas les candidats douteux.
Cette élection rappelle encore, à Lyon, qu’un bon chef d’entreprise est rarement un bon politique et qu’un candidat trop âgé a ses limites. Les électeurs n’ont pas admis non plus l’ignorance et la médiocrité de Mme Vassal qui à Marseille avait repris l’antienne du pétainisme pour rallier les foules.
La gangrène LFI
La gauche conserve un nombre significatif de villes de plus de 100 000 habitants, mais elle est déboussolée par ses accords LFI. Le Front républicain s’est renversé contre ces alliances de la honte avec LFI. Sur 26 fusions incluant LFI, la gauche unie n’a eu que 6 victoires. Et à part celle de Johanna Rolland obtenue non sans mal contre le vaillant candidat de droite Chombart de Lauwe, ces victoires étaient mathématiquement quasi certaines ou ont été dues à la faiblesse de la droite plus qu’à l’enthousiasme de la gauche unie. Pourtant, LFI a progressé en visibilité et se tient en embuscade.
Au PS, les adversaires de l’union avec Mélenchon ont beau jeu de se retourner contre Olivier Faure en brandissant les victoires, sans LFI, d’Emmanuel Grégoire à Paris, de Benoît Payan à Marseille, de Nathalie Appéré à Rennes et Michaël Delafosse à Montpellier. Pourtant eux-mêmes n’ont pas été blanc-bleu alors que les amis de Boris Vallaud ont essayé de sauver leur peau en fusionnant avec LFI à Lyon et, sans succès, à Limoges et Clermont Ferrand tandis que les proches de Hollande faisaient de même, sans succès non plus : François Cuillandre à Brest et Bernard Combes à Tulle. Les fractures du PS sont profondes et complexes. De ce jeu d’alliances et de haines il sera difficile à Raphaël Glucksmann de tirer son épingle. Il continue de tenir son rang de gendre idéal dans les sondages, mais les municipales ne lui ont pas fait gagner d’épaisseur électorale. Les écologistes de Marine Tondelier font également profil bas après leurs défaites de Poitiers, Besançon, Bordeaux, Strasbourg et de la métropole de Lyon gagnée par LR contre Bruno Bernard.
Malaise dans le bloc central
Le centre ne sort pas grandi de ce scrutin. A force de favoriser la gauche à chaque élection présidentielle, Bayrou s’est fait battre par elle dans son fief de Pau. Juste rétribution de l’arroseur arrosé. Les crypto-macronistes d’Attal se targuent, non sans raison, d’avoir dégagé deux villes significatives, Bordeaux et Annecy, de l’emprise vert/rouge, ce qui sauve leur score modeste de seulement 200 mairies sous bannière Renaissance. Le parti Horizons met en avant la victoire de son patron, Edouard Philippe, au Havre et le renouvellement de ses maires Christophe Béchu à Angers, Arnaud Robinet à Reims… Pourtant désormais quelque 465 maires se revendiqueraient d’Horizons, soit 150 de moins qu’avant le scrutin.
LR se prévaut du « plus grand nombre d’élus ». Son ancrage territorial se renforce en regagnant des communes contre la gauche à Brest, Clermont-Ferrand et Besançon, Limoges, Cherbourg (Manche), Tulle… Acceptons les augures de Bruno Retailleau qui a appelé avec force le soir du second tour des élections municipales à « une rupture profonde ». Mais il reste très divisé en interne et livré à des querelles d’égos innommables.
Le RN étend sa toile
Le RN n’a pas gagné de grandes villes sinon Nice par Ciotti interposé, mais il a gardé Perpignan haut la main et conquis nombre de villes moyennes et petites. Aujourd’hui il peut revendiquer la mairie de 61 villes (70 avec l’UDR) dont 24 gagnées dès le 1er tour. Et il se propage dans les bourgs et campagnes.
Même si aucun front républicain ne lui a été opposé au niveau national, il y a encore eu un plafond de verre mental qui a empêché sa victoire à Nîmes, à Marseille, à Toulon. Néanmoins la limite avec la droite LR tend à s’estomper chez les électeurs.
La porosité des droites
Partout où la droite a gagné, c’est à la fois par une forte mobilisation en sa faveur, souvent contre LFI, et aussi par des reports de voix inattendus.
A Marseille, entre les deux tours Mme Vassal a perdu 7 points et cinq d’entre eux se sont reportés sur le RN Alisio. A Avignon, le candidat de droite qui partait perdant contre l’union gauche/LFI a mobilisé et il a repris aussi 10% des voix du RN qui ont sans doute préféré voter utile. Comme à Clermont-Ferrand où la victoire de LR n’aurait pas été possible sans un transfert significatif sur le candidat LR des voix du RN passées de 4474 (11,29%) au 1er tour à 1537 (3,64%) au second tour où s’était maintenu son candidat. Même chose à Limoges. A Tulle, la droite l’a emporté grâce à un mauvais report à gauche par rejet de LFI et un report significatif du RN qui s’était maintenu mais qui a perdu la moitié de ses voix entre les deux tours.
La droite a préféré perdre la mairie au profit de la gauche plutôt que de se retirer au profit du RN à Saint-Etienne, Nîmes ou à Marseille. Mais une partie de la droite a voté au second tour pour faire élire le RN à Carcassonne ou Montauban par exemple. Jean-Marc Pujol, ancien maire Les Républicains de Perpignan entre 2009 et 2020, a soutenu Louis Alliot qui l’avait battu en 2020.
Une union libérale ?
David Lisnard décline hardiment son programme politique entièrement libéral. Il est le maire le mieux élu de France pour les villes de plus de 30 000 habitants après avoir recueilli au premier tour 81 % des voix à Cannes, malgré un adversaire RN.
Sarah Knafo à Paris et Eric Ciotti à Nice ont eu l’un et l’autre une posture très marquée sur l’immigration, mais ils ont aussi exprimé un libéralisme économique et conceptuel décomplexé qui ne semble pas avoir gêné leurs électeurs.
Il faut cesser de craindre le terrorisme intellectuel de la gauche qui « fascise » indument ses adversaires. Plutôt que de se quereller sur des accords partisans, il faut rassembler sur un projet, une vision, un programme. Ni avec la gauche collectiviste, ni avec la droite étatiste, les idées libérales, qui transcendent les oppositions, peuvent réunir de nouvelles majorités. Nous ne gagnerons pas la prochaine présidentielle autrement.
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