En Andorre, le chef du gouvernement espère dépénaliser l'avortement d'ici un an
Enclavée entre la France et l'Espagne, la principauté, dont le président français Emmanuel Macron et l'évêque catholique de la ville frontalière espagnole d'Urgell, Mgr Josep-Lluis Serrano Pentinat, sont les coprinces, est, avec le Vatican, le seul Etat en Europe à interdire totalement l'interruption volontaire de grossesse (IVG), même en cas de viol, d'inceste, de danger pour la mère ou de maladie du fœtus.
A un mois du déplacement officiel d'Emmanuel Macron, prévu les 27 et 28 avril à Andorre-la-Vieille, le chef de l'exécutif Xavier Espot Zamora, 46 ans, a souligné être à "un stade de conversation très avancé avec le Saint-Siège" pour la dépénalisation de l'avortement.
Même s'il n'y a "jamais" eu de procès, selon M. Espot, l'interruption de grossesse est actuellement passible de six mois de prison pour les femmes, selon le code pénal, et de trois ans de prison assortis de cinq ans d'interdiction d'exercer pour les médecins qui la pratiquent.
"Nous croyons que d'ici la fin de la législature (mars-avril 2027), nous serons capables, non pas de légaliser mais de dépénaliser" l'avortement, a déclaré jeudi le chef de l'exécutif lors d'un entretien avec l'AFP dans son bureau au siège andorran du gouvernement.
Alors que la France est devenue, en mars 2024, le premier pays à inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution, la question est "très délicate" en Andorre, selon lui, car "connectée avec un dogme de foi de l'Église catholique".
"Si nous avons cette législation limitative ou restrictive, c'est parce qu'un de nos chefs d'État est évêque et membre de la hiérarchie de l'Église catholique", assure le chef du gouvernement de centre-droit. "Ce n'est pas parce que le gouvernement d'Andorre ou la société andorrane sont plus conservateurs qu'en France ou en Espagne", se défend-il, affirmant avoir en revanche "une des lois les plus avancées d'Europe" sur l'égalité des genres.
"Le dialogue progresse" avec le Saint-Siège, rassure le responsable andorran, qui achève son second et dernier mandat au printemps 2027 et entend parvenir à un "compromis" d'ici-là entre l'église catholique et son gouvernement, pour atteindre "un point d'équilibre" entre les deux coprinces.
- La légalisation, "ligne rouge" -
Certes, "l'église catholique défend une protection dans toutes les phases de la vie. Mais elle n'exige pas que les femmes qui interrompent leur grossesse soient punies ou soient pénalisées", précise M. Espot qui juge donc "parfaitement compatible de dépénaliser et de ne pas franchir la ligne rouge qui obligerait un de nos coprinces à abdiquer."
"La dépénalisation serait complète en ce qui concerne la femme", qui pourrait alors, sans poursuite judiciaire, avorter à l'étranger, souligne-t-il. En revanche, l'IVG resterait illégale en Andorre et le médecin la pratiquant clandestinement pourrait être poursuivi.
"S'il n'y a pas de prohibition, la conséquence serait la légalisation de l'avortement, ce qui mettrait en échec notre système institutionnel", estime-t-il, excluant toute réforme de la Constitution sous son mandat.
Ce serait "une grave erreur de renoncer" au système des deux coprinces qui représentent deux entités plus puissantes que l'Andorre, ajoute-t-il, estimant que "la place des micro-Etats est de plus en plus difficile dans un contexte où parfois la loi du plus fort s'impose". Et d'insister sur le fait que la structure institutionnelle andorrane, "a été à la base aussi de ces huit siècles de paix et d'indépendance et de souveraineté de notre pays".
Interrogé sur la visite prochaine de M. Macron, M. Espot a dit souhaiter travailler au renforcement de "l'influence de la France et du français en Andorre" jusqu'à "parvenir à un équilibre avec l'Espagne". "Parce que, même si ça peut sembler paradoxal, je crois que c'est le respect et la conservation de cet équilibre qui permet à l'Andorre de ne dépendre excessivement ni d'un pays ni de l'autre."