L’économie française est-elle aussi résiliente que le Gouvernement le dit ?
Le Gouvernement et les institutions publiques affirment que l’économie française va plutôt bien. Dans plusieurs articles parus ces dernières semaines, Contrepoints a, au contraire, montré que la situation n’était pas au beau fixe. Faisons le point.
Fin janvier, l’Insee annonçait une croissance du PIB de 0,9% pour l’année 2025. Le ministre de l’Economie, Roland Lescure, s’est tout de suite félicité sur TF1 de cette « croissance robuste » et a souligné que l’année 2026 commençait bien. Il a même dit prévoir « au moins 1% de croissance, et pourquoi pas de bonnes nouvelles dans l’année ». Un chiffre qui a été confirmé par l’Insee et par la Banque de France.
La résilience de l’économie française
Quelques jours auparavant, l’Insee notait la bonne tenue de l’indicateur de climat des affaires et surtout sa hausse dans l’industrie pour le quatrième mois d’affilée. Avec 105 points, il atteignait alors son plus haut niveau depuis juillet 2022.
Même l’institut Rexecode, proche du patronat, faisait preuve d’optimisme : « Le bilan de la compétitivité française en 2025 confirme la stabilisation de la part des exportations françaises au sein de la zone euro, un peu en dessous de son niveau d’avant Covid, après deux décennies de chute. La France a regagné en compétitivité-prix par rapport à ses grands voisins, dont l’Allemagne, grâce à notamment à la modération des coûts salariaux et aux baisses d’impôts de production. »
Peut-être pouvait-on regretter une « légère dégradation de l’emploi ». Au quatrième trimestre 2025, le taux de chômage atteignait 7,9%, en hausse de 0,2 point sur le trimestre et de 0,6 point sur un an. Des chiffres qui n’alarmaient pas le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou. Ne déclarait-il pas le 11 février 2026 sur BFM TV que « la France crée des emplois » et que « l’économie française résiste » ? Il a été conforté par le chef économiste de la Banque de France qui a qualifié l’économie française d’« imperturbable ».
Bien sûr, toutes ces paroles positives, presque enthousiastes, ont été prononcées avant le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Mais le ministre de l’Économie reste droit dans ses bottes. Sur France Info le 4 mars 2026, il a assuré que la France entrait dans cette crise « avec plus de croissance que ce qu’on attendait et moins d’inflation ». Au Conseil des ministres du 11 mars 2026, il a déclaré qu’à ce stade, « il n’est pas attendu de spirale inflationniste généralisée et durable ». Sur BFM TV, le même jour, il a confirmé les prévisions de croissance du PIB pour 2026 et la résilience de l’économie française.
Des entrepreneurs qui vont de l’avant
Récemment, nous avons montré que les entreprises du secteur de l’automobile et de l’aéronautique continuaient d’innover et de déposer massivement des brevets. Les dernières études mises en ligne semblent confirmer que les entrepreneurs français vont de l’avant.
Une note de la Banque postale, publiée le 20 février, montre que l’investissement des entreprises non financières se maintient : après avoir reculé en 2024 (-2,4%) et stagné début 2025, il a retrouvé quelques couleurs au 3ème trimestre 2025 (+1 % en rythme instantané) avant de plafonner au 4ème trimestre. Un rebond des investissements qui est aussi observé dans les TPE et PME (+6 points) par le baromètre trimestriel de Bpifrance Le Lab et Rexecode publié le 25 février 2026. Ce baromètre note, par ailleurs, une légère amélioration de la trésorerie et s’interroge : « Le soleil s’apprêterait il à briller à nouveau pour les TPE/PME ? »
L’observatoire de la création d’entreprises de Bpifrance de janvier 2026, fait état d’une hausse de 10% des créations par rapport à janvier 2025, mais aussi par rapport à la moyenne des cinq dernières années pour le mois de janvier. Enfin, dans une note publiée le 20 février 2026, le Conseil national des greffiers des tribunaux de commerce (CNGTC) souligne « une envie d’entreprendre intacte » chez les Français. Le nombre d’immatriculations a progressé de 7,7% en 2025 par rapport à 2024, atteignant le niveau record de 634.416 inscriptions. Pour le CNGTC, « Cette croissance témoigne de la résilience du dynamisme entrepreneurial français et de la banalisation de la création d’entreprise, devenue plus accessible et souvent réversible. »
Tout est loin d’être rose
Cette impression de relative bonne santé de l’économie française ne prévaut pas dans l’opinion publique. Chacun entend parler d’entreprises qui licencient, voit des commerces fermer, se rend compte que son pouvoir d’achat a tendance à diminuer. Le décalage entre des ministres qui chantent « Tout va très bien madame la marquise » et des Français qui doutent – et qui continuent d’ailleurs à épargner beaucoup en prévision de lendemains qui risquent de déchanter – est de plus en plus béant.
Les lecteurs quotidiens de Contrepoints savent aussi pertinemment que nombre d’indicateurs sont inquiétants. Ces deux derniers mois, nous avons noté (liste non exhaustive) :
- le recul de la France dans l’indice mondial de l’innovation;
- la poursuite de la dégradation de la balance commerciale ;
- l’étiolement du goût du risque chez les entrepreneurs qui sont trois fois plus pessimistes en France que dans le reste du monde ;
- le déclin continu de l’agriculture;
- la hausse des défaillances d’entreprises ;
- la forte hausse du chômage et le déficit annoncé de l’assurance chômage pour 2026 ;
- le ralentissement persistant du marché automobile ;
- la baisse du nombre de licornes.
Des chiffres en trompe-l’œil
Il convient d’abord de mettre les prévisions de croissance du PIB en perspective. Le chiffre annoncé de 1% pour 2026, presque présenté comme incroyable par le Gouvernement, place la France en queue du classement européen. Seules la Finlande, l’Autriche et l’Italie ont des prévisions inférieures à 1% pour cette année. La moyenne de la zone euro est à 1,2%, celle de l’OCDE à 1,7%.
Ensuite, il est important de ne considérer les chiffres en ayant à l’esprit le passé et le contexte. Par exemple, la petite éclaircie observée en matière d’investissement des entreprises peut s’expliquer à la fois par la réalisation de projets qui ont été différés mais qui ne peuvent pas l’être éternellement, et par la baisse du coût de financement des entreprises (-100 points de base entre fin 2023 et la mi-2025). Le contexte international, l’attentisme lié à l’approche de l’élection présidentielle et le budget 2026 (notamment la surtaxe d’impôt sur les grandes entreprises) pourraient freiner l’investissement et les créations d’emploi en 2026. D’ailleurs, dans les dernières enquêtes auprès des entreprises, les perspectives d’investissement restent très faibles. Et en février l’indicateur de climat des affaires s’est dégradé, s’éloignant de sa moyenne de long terme.
Autre exemple, si la situation financière des entreprises se maintient, c’est peut-être parce que le coût des intrants s’est tassé ces deux dernières années, permettant d’alléger les charges. C’est probablement aussi parce que les entreprises ont recommencé à licencier (après une période post covid de rétention de main-d’œuvre).
L’exemple argentin
Nous le répétons ici à longueur de colonnes : l’économie française ne se portera vraiment bien que le jour où l’État reculera. L’exemple argentin est à cet égard éclairant : la croissance a été de 4,4% en 2025 et devrait tendre vers 5% en 2026, l’inflation a chuté tout comme le taux de pauvreté. Il y a deux ans, avant l’arrivée de Javier Milei, le pays était au bord de la banqueroute. Le président argentin a réduit les dépenses publiques d’un tiers tout en luttant contre la corruption, les gaspillages et la bureaucratie.
En France, le Gouvernement fait tout l’inverse. Il fait le choix de l’économie administrée. Ces jours derniers, pour lutter contre la hausse des prix des carburants, le ministre Lescure a multiplié les contrôles et fait pression sur les distributeurs pour qu’ils plafonnent ou baissent leurs prix. Il a par ailleurs affirmé qu’il allait amplifier les dispositifs favorisant l’électrification des transports et du chauffage, « notamment à travers le leasing social pour les véhicules électriques et le soutien à l’acquisition de pompes à chaleur ».
Il y a désormais bien plus qu’un océan qui sépare nos deux pays.
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