L’économie espagnole : un rebond en trompe l’œil
Selon plusieurs médias, l’économie espagnole serait florissante. La croissance est là (2,8 % en 2025) et le chômage baisse (à 9,93 %, le taux le plus bas depuis 17 ans). Pour Le Nouvel Obs, l’Espagne serait « l’économie phare de l’Europe ». Certains à gauche se félicitent ce qui serait un indéniable succès du Premier ministre socialiste Pedro Sanchez. Mais lorsqu’on regarde les chiffres de plus près, le miracle espagnol n’est plus tout à fait le même. C’est ce que démontre Diego Sanchez de la Cruz, directeur des études à l’Institut Juan de Mariana et chercheur associé à l’Institut d’études économiques, dans un article détaillé pour le média The Objectiv.
En effet, si l’Espagne a vu son produit intérieur brut (PIB) progresser d’un peu plus de 330 milliards d’euros entre 2019 et 2024, la dette publique a, pendant la même période, augmenté de plus de 430 milliards ! Ainsi, pour 1 € de richesse supplémentaire généré par l’économie, l’État a emprunté 1,30 €. Cela s’explique notamment par le fait que l’activité économique dépend de plus en plus de l’Etat : en 2023 et 2024, environ un tiers de la croissance du PIB a été due aux dépenses publiques qui, sous Pedro Sanchez, ont gonflé de de 41 % à 46 % du PIB. Au prix, entre 2018 et 2014, des 97 différentes hausses d’impôts et cotisations sociales que M. Sanchez de la Cruz a dénombrées…
Outre la hausse de la dépense publique et des impôts, il dénonce la manipulation du taux d’emploi. Le gouvernement espagnol parle d’un niveau d’emploi record et d’une forte diminution du chômage, mais c’est en réalité le résultat d’une tricherie statistique. La baisse du chômage depuis 2019 s’explique à 90% par la requalification des travailleurs saisonniers, lors de leur période d’inactivité, en « demandeurs d’emploi en relation de travail ». Ils ne sont donc plus référencés comme chômeurs. Sinon, le taux réel de chômage serait de 13,5 %, soit plus de trois points au-dessus du chiffre officiel. Autre moyen utilisé pour « gonfler les chiffres de l’emploi » selon M. Sanchez de la Cruz, le gouvernement a massivement recruté: 657 948 personnes de plus dans les administrations publiques avec Pedro Sanchez. En six ans, le coût de la masse salariale de la fonction publique a augmenté de 44,7 milliards d’euros.
D’autres indicateurs montrent que l’Espagne n’est pas en si bonne santé économique que cela. Le PIB réel par habitant, corrigé de l’inflation, est à peine supérieur de 3 % à son niveau de 2019. Le revenu par habitant de l’Espagne est inférieur de 3 720 € à la moyenne de l’UE et inférieur de 10 680 € à la moyenne de la zone euro. L’écart de revenu par habitant entre l’Espagne et la moyenne de l’UE s’est creusé de 37 % depuis l’arrivée au pouvoir de Pedro Sanchez!
On ne peut donc pas vraisemblablement parler de miracle économique espagnol.
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