Municipales : ce que disent les derniers sondages dans les principales villes françaises
Suspense total à Paris, le RN en embuscade à Marseille, l'avenir politique d'Edouard Philippe en jeu au Havre... Les enquêtes d'opinion prévoient des résultats serrés dans de nombreuses villes lors du premier tour des élections municipales, dimanche 15 mars. Quelque peu éclipsé ces dernières semaines par l'actualité internationale et la guerre au Moyen-Orient, le scrutin concentre pourtant d'importants enjeux, tant au niveau local qu'à l'échelon national, près d'un an avant la présidentielle. À deux jours de choisir les quelque 35 000 maires français, que disent les derniers sondages dans les principales métropoles du pays ? Tour d'horizon.
Paris : un match Grégoire/Dati rempli d'incertitudes
Dans la capitale, tenter de prédire qui pourrait prendre la place d'Anne Hidalgo est particulièrement difficile. Deux favoris se détachent : Emmanuel Grégoire (PS-ÉCO-PCF) et Rachida Dati (LR-MoDem). Longtemps premier adjoint à l'Hôtel de ville, le député socialiste est crédité de 31 % des intentions de vote dans le dernier sondage OpinionWay publié le 12 mars pour Le JDD, Europe 1 et CNews. Une légère avance sur l'ex-ministre de la Culture, qui cumulerait pour le moment 26 % des votes. Mais la configuration du second tour, avec une possible quadrangulaire, voire une quinquangulaire, pourrait rebattre toutes les cartes. Trois candidats pourraient être en position de se maintenir : la députée LFI Sophia Chikirou (13 %), l'eurodéputée Reconquête Sarah Knafo (12 %) et le centriste Pierre-Yves Bournazel (12 %).
Marseille : le RN principale menace pour Benoît Payan
Dans la cité phocéenne, l'actuel maire socialiste, Benoît Payan, remet son poste en jeu. L'édile, qui avait rapidement pris le pouvoir après la démission de Michèle Rubirola, élue en 2020, se représente avec le soutien des écologistes et des communistes, mais pas de La France insoumise. Le dernier sondage en date, réalisé par OpinionWay pour Le JDD, Europe 1 et CNews et publié le 11 mars, lui attribue 36 % des intentions de vote. Mais son avance est fine : l'élu est talonné par le député RN Franck Allisio (34 %). Le parti d'extrême droite pourrait réaliser le meilleur score de son histoire aux municipales dans la seconde ville française. Derrière ces deux hommes, deux autres candidats pourraient passer le cap du premier tour : Martine Vassal (LR-REN, 13 %) et Sébastien Delogu (LFI, 12 %).
Lyon : Jean-Michel Aulas, du football à la mairie ?
Les résultats à l'issue du premier tour à Lyon seront particulièrement scrutés. Candidat de la droite et du centre, l'ex-président du club de football de l'Olympique lyonnais Jean-Michel Aulas avait entamé sa campagne avec une confortable avance. Aujourd'hui crédité de 43 % dans le dernier sondage OpinionWay publié le 12 mars pour Le JDD, Europe 1 et CNews, il ne dispose plus d'une énorme marge. Le maire écologiste de la ville, Grégory Doucet (35 %), pourrait-il profiter du jeu des alliances pour avoir une chance de l'emporter une nouvelle fois au second tour ? Tout dépendra du résultat ce dimanche des deux autres principales listes, celle de la candidate LFI Anaïs Belouassa-Cherifi (9 %) et celle de celui du RN, Alexandre Dupalais (6 %). Le maintien au tour suivant d'une seconde liste de gauche annihilerait probablement les chances de l'édile écologiste.
Nice : duel mouvementé entre ex-alliés
Au terme d'une campagne marquée par un climat désastreux et des invectives permanentes, Nice s'apprête à trancher. Qui d'Éric Ciotti (UDR-RN) ou de Christian Estrosi (HOR-LR) sera placé en meilleure position dimanche soir ? L'enquête d'opinion la plus récente, réalisée par l'Ifop pour Nice-Matin le 1er mars, donne une certaine avance à l'ex-président des Républicains (38 % d'intentions de vote), rallié aux troupes de Marine Le Pen à l'Assemblée nationale depuis les dernières législatives. Son concurrent et ex-allié, lui, est crédité de 32 % de voix potentielles. À gauche, deux autres candidates sont en mesure de passer les 10 % de suffrages exprimés et de se maintenir au second tour : Juliette Chesnel-Le Roux (ECO-PS-PCF, 12 %) et Mireille Damiano (LFI, 11 %).
Le Havre : Edouard Philippe dans une position délicate
Au Havre, Edouard Philippe (Horizons) brigue un troisième mandat. Mais ce scrutin s'annonce plus difficile que sa réélection il y a six ans. Dans le dernier sondage OpinionWay réalisé pour Hexagone fin février, l'ex-Premier ministre (2017-2020) ne devancerait à ce stade que d'une courte tête (37 % des intentions de vote) son principal opposant, le député PCF Jean-Paul Lecoq (35 %). Dans cette ville portuaire au passé communiste, il devra par ailleurs composer avec une liste RN menée par Franck Keller, qui a toutes les chances de se maintenir au second tour (18 %). Quant aux électeurs ayant choisi la candidate LFI Charlotte Boulogne (6 %), une partie d'entre eux pourrait, en cas de non-qualification de leur favorite, se reporter sur la liste communiste... Edouard Philippe joue ici son avenir politique : prétendant déclaré à la présidentielle de 2027, il a promis de "tirer les conséquences" d'un potentiel échec électoral. Et donc, le cas échéant, de probablement remettre en cause sa candidature à l'Élysée.
Strasbourg : l'actuelle maire Jeanne Barseghian en mauvaise posture
La campagne strasbourgeoise a été marquée par le retour en grâce d'une figure de la ville alsacienne : Catherine Trautmann (PS). Éphémère secrétaire d'État sous François Mitterrand, ministre dans le gouvernement de Lionel Jospin, la socialiste est élue depuis plus de 40 ans au conseil municipal. Déjà maire de Strasbourg dans les années 90, elle est en tête des intentions de vote (31 %), selon le dernier sondage de Cluster 17 publié par Politico le 17 février. Elle détient une marge confortable sur sa principale concurrente, l'actuelle édile écologiste Jeanne Barseghian (20 %). Derrière ces deux candidates, la liste LR conduite par Jean-Philippe Vetter (19 %) devrait pouvoir être présente au second tour. C'est également une possibilité pour Virginie Joron (RN, 11 %), voire Florian Kobryn (LFI, 10 %). Ce dernier a tendu la main à Jeanne Barseghian pour une potentielle alliance au second tour.
Bordeaux : Pierre Hurmic en mesure de conserver sa place ?
Les Écologistes, qui avaient réalisé de très bons scores lors du précédent scrutin municipal, espèrent ne pas perdre Bordeaux, une des plus grandes villes sous leur contrôle. La tâche ne sera pas aisée, même si le maire en place, Pierre Hurmic, est en tête dans les sondages. Le dernier en date, réalisé le 9 mars par Cluster 17 pour Politico, lui donne 31 % des intentions de vote. L'ex-ministre macroniste Thomas Cazenave fait figure de principale menace pour lui ravir la mairie : riche d'une liste regroupant l'ensemble du bloc central et de droite, il cumule 26 % des voix potentielles. L'économiste Philippe Dessertine (divers droite, 17 %) pourrait jouer les trouble-fêtes au second tour. Enfin, Nordine Raymond (LFI-NPA, 11,5 %), pourrait également se maintenir au second tour.
Lille : la domination socialiste remise en cause ?
Plus grande ville du nord de la France, Lille n'a pas vu sa longue histoire socialiste être remise en cause lors des derniers scrutins municipaux. Martine Aubry ayant laissé la place à Arnaud Deslandes (PS) l'an dernier à la tête du beffroi, celui-ci tentera de prolonger son séjour lors de ce scrutin. Paru le 10 mars, le sondage le plus récent (Cluster 17 pour Politico) le place à la première position dimanche, avec 26 % des intentions de vote. Déjà candidat en 2020, Stéphane Baly (ECO, 19 %) retente sa chance. La gauche lilloise est particulièrement dispersée, puisqu'une troisième liste, menée par la LFI Lahouria Addouche (18 %), pourrait être présente lors du prochain tour. La députée macroniste Violette Spillebout (16 %), tout comme l'eurodéputé RN Matthieu Valet (12 %), pourraient aussi tous deux se maintenir.
Perpignan : Louis Aliot et le RN sur la route d'un second mandat
Dans les Pyrénées-Orientales, Perpignan ne devrait pas changer de couleur politique lors de ce scrutin. Le dernier sondage en date, réalisé par Cluster 17 et publié le 12 mars par Politico, donne Louis Aliot (RN) largement en tête au premier tour, avec 46 % des intentions de vote. Il pourrait même rêver d'une hypothétique victoire dès dimanche soir dans la ville, principale commune dirigée par le parti depuis 2020. Trois candidats pourraient malgré tout se maintenir au second tour : Agnès Langevine (PP-PS-PCF, 15 %), Mickaël Idrac (LFI-ECO, 15 %) et Bruno Nougayrède (LR-HOR-ENS, 14 %).