Frappe contre une école en Iran : la piste d’une erreur américaine se précise
Un bilan terrible qui pourrait résulter d'une erreur tragique. La frappe contre une école de filles en Iran, qui a tué des dizaines d'enfants, pourrait être le résultat de l'utilisation par les États-Unis de données de ciblage obsolètes, ont déclaré mercredi 11 mars à Reuters deux sources proches du dossier, fournissant de nouveaux détails sur ce qui pourrait être l'un des pires cas de pertes civiles depuis des décennies de conflits américains.
Reuters a été le premier média à rapporter jeudi dernier qu'une enquête interne en cours menée par l'armée américaine montrait que les forces américaines étaient probablement responsables de la frappe contre l'école de filles à Minab, dans le sud de l'Iran. Une vidéo a fait surface, montrant, selon les experts, un missile Tomahawk américain frappant la zone. Cependant, les circonstances exactes de la tragédie restent floues et le Pentagone s'est refusé à tout commentaire, l'enquête étant toujours en cours. La frappe, survenue le premier jour des attaques américaines et israéliennes contre l'Iran, a tué 150 écolières, d'après l'ambassadeur iranien auprès de l'ONU à Genève, Ali Bahreini.
Selon des copies archivées du site web officiel de l'école Shajare Tayyebeh, celle-ci est adjacente à un complexe géré par les Gardiens de la révolution islamique, la force militaire qui relève du Guide suprême iranien. L'une des sources de Reuters, s'exprimant sous couvert d'anonymat, a indiqué que les responsables de l'élaboration des dossiers de ciblage semblaient avoir utilisé des renseignements obsolètes. La seconde source a confirmé l'utilisation de ces renseignements.
En réponse à une demande de commentaires, le Pentagone a déclaré que "l'incident fait l'objet d'une enquête". L'utilisation possible de données de ciblage obsolètes a été révélée plus tôt dans la journée de mercredi par le New York Times, qui précise que "le site de l'école faisait initialement partie de la base" des Gardiens de la révolution. On ignore encore à ce stade comment des données anciennes ont fini par être utilisées pour la frappe, et quels autres facteurs, le cas échéant, pourraient être à l'origine de l'erreur. On ignore également quand les conclusions de l'enquête en cours seront rendues.
Pression démocrate
Depuis la publication de l'article de Reuters suggérant une responsabilité des États-Unis dans la frappe, Donald Trump a affirmé, sans preuve, que l'Iran était à l'origine du bombardement. Le président américain a cependant depuis déclaré ne pas disposer de suffisamment d'informations sur celui-ci, et qu'il accepterait les conclusions des investigations.
Presque tous les sénateurs démocrates américains ont signé une lettre adressée mercredi au secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, demandant une "enquête rapide". "Les conséquences de cette attaque contre une école sont effroyables. La majorité des victimes étaient des filles âgées de 7 à 12 ans. Ni les États-Unis ni le gouvernement israélien n'ont encore assumé la responsabilité de cette attaque", indique ce courrier signé par 46 sénateurs, et exigeant des réponses avant le 18 mars.
Pete Hegseth et d'autres responsables américains ont insisté sur le fait que les États-Unis ne cibleraient pas délibérément les civils. Attaquer délibérément une école, un hôpital ou toute autre infrastructure civile constituerait vraisemblablement un crime de guerre au regard du droit international humanitaire.
Les images des funérailles des écolières ont été diffusées la semaine dernière à la télévision d'État iranienne. Leurs petits cercueils, recouverts de drapeaux iraniens, ont été transportés au-dessus d'une foule nombreuse jusqu'au lieu de sépulture.