Automobile : comment le chinois XPeng nargue les Allemands chez eux
Le lieu est hautement symbolique. Pour son centre de R&D européen, le fabricant chinois de véhicules électriques XPeng a choisi de planter son drapeau à Munich, dans d’anciens locaux de BMW. Là, une cinquantaine de techniciens adaptent les châssis aux spécificités des routes locales et aux critères de confort des conducteurs. Les ingénieurs sillonnent le pays pour entraîner l’intelligence artificielle (IA) aux différentes infrastructures, à la signalétique ou encore aux conditions météo. "Nous continuons à déployer nos technologies au bénéfice de nos clients européens", assure Jacky Gu, vice-président du groupe.
Dans cette logique de proximité, XPeng a retenu le site de production de Magna Steyr, à Graz, en Autriche, réputé pour assembler des Mercedes et des BMW, et jusqu’à récemment des Jaguar. Une décision à rebours de ses compatriotes qui localisent leurs unités dans des Etats à moindre coût, comme la Hongrie, l’Espagne ou la Turquie. "Ce parti pris est dicté par notre exigence de qualité", précise Thomas Rodier, le directeur marketing France. Les SUV G6 et G9 ont commencé à sortir des lignes autrichiennes au mois d’août, désormais rejoints par la berline P7+. D’ores et déjà, le chinois envisage la construction d’une usine en propre pour accompagner sa montée en puissance européenne. D’autant que trois autres nouveautés débarqueront cette année, puis un petit modèle plus abordable en 2027.
Un PDG issu de la tech
Le Vieux Continent représente déjà la moitié de ses ventes internationales. Arrivée discrètement par la Norvège, en 2021, la marque est désormais installée dans vingt-six pays. Le royaume scandinave constitue son second marché après Israël, suivi du Danemark, de l’Allemagne et de la France. "Nous avons vendu 22 787 véhicules en 2025 en Europe, soit une progression annuelle de 126 %, se félicite Sven De Smet, directeur marketing de la zone. L’un de nos atouts réside dans la relation directe avec les clients grâce à la digitalisation. Nous tenons compte de leurs suggestions dans la conception de nos produits. Leur demande pour une berline nous a conduits à commercialiser la P7 +". Positionné face aux historiques allemands du segment premium, XPeng entend poursuivre sa percée, notamment en France où il a enregistré 3 600 immatriculations en un an de présence.
Ni musique tonitruante, ni chorégraphie. Contrairement à ses concurrents, le chinois a choisi la sobriété au salon automobile de Bruxelles, début janvier. Le lancement européen de la P7 + s’apparentait même à une keynote de firme high-tech. Et pour cause. Son PDG, He Xiaopeng vient du monde informatique. Sa première entreprise UCWeb, qu’il crée en 2004, se spécialise dans les logiciels et les services d’Internet mobile. Lorsqu’il cofonde XPeng, dix ans plus tard, il adopte d’emblée une stratégie de développement de modèles électriques centrés sur l’IA et se démarque alors des acteurs traditionnels.
L’IA au cœur de tout
Ainsi, l’architecture électronique de la P7 + est pilotée par des puces Turing, conçues en interne, dont la puissance de calcul a doublé en deux ans, renforçant la rapidité d’analyses des données. Le gage d’une sécurité accrue, de mises à jour du véhicule tout au long de son cycle de vie et de l’installation de nouvelles fonctionnalités à distance.
Sans surprise, "l’IA a copiloté le projet. Elle génère beaucoup de propositions de style à très grande vitesse et s’avère d’une précision extrême dans les détails, surtout en aérodynamique", explique Alain Simon, son designer. Le profilé des modèles, y compris des SUV, vise une moindre résistance à l’air afin de réduire la consommation d’énergie. Et tandis que les Occidentaux se focalisaient sur l’autonomie, XPeng a misé sur la rapidité du rechargement avec une nouvelle batterie LFP (lithium-fer-phosphate) de 800 volts qui permet de passer de 10 % à 80 % de réserve en douze minutes. Un nouveau venu à prendre au sérieux.