LFI d'"extrême gauche" : tout comprendre à ce classement qui provoque la colère du parti
Ce sont quelques mots, inscrits au milieu de la dizaine de pages d'une circulaire électorale émise par le ministère de l'Intérieur, qui ont fait bondir les dirigeants de La France insoumise. Le mouvement, fondé par Jean-Luc Mélenchon, sera considéré comme une formation politique appartenant au bloc de partis d'"extrême gauche" pour les prochaines élections municipales. Jusqu'alors, LFI était simplement considéré comme un parti de "gauche", à l'instar du Parti socialiste ou du Parti communiste, par exemple. Que retenir de ce changement de qualification, qui fait tant réagir parmi les rangs insoumis ? Décryptage.
Que dit la circulaire ?
Cette évolution est actée par une circulaire "relative aux nuances" à attribuer aux candidats par les préfets aux prochaines élections municipales. Ces appellations, obligatoires pour les listes dans les communes de plus de 3 500 habitants et dans les arrondissements de Paris, Marseille et Lyon, recouvrent l'ensemble du panorama politique français. Elles se distinguent des étiquettes politiques, "laissées à la libre appréciation du candidat dans le cadre de sa déclaration de candidature". Ici, les nuances sont donc directement attribuées par les représentants de l'État dans les territoires, sur la base d'une classification transmise par le ministère de l'Intérieur.
Ces "nuances politiques" sont affectées à différents niveaux. Lorsque les candidats sont affiliés à des partis précis, leur couleur politique sera signifiée par des appellations relatives à leurs formations politiques. Par exemple, les personnalités issues du Rassemblement national sont identifiées par le sigle "RN", celles de Renaissance par "REN" ou celles des Écologistes par "VEC". Pas de changement concernant La France insoumise dans cette grille : ses listes seront bien placées sous la nuance "FI" ou "LFI". À l'inverse de partis situés très à gauche de l'échiquier politique, voire révolutionnaires, comme Lutte ouvrière ou le Nouveau parti anticapitaliste (NPA), simplement regroupés sous une même dénomination : "EXG", pour "extrême gauche".
Le changement contesté par La France insoumise concerne deux autres grilles publiées dans la circulaire. Celles-ci détaillent les "blocs de clivages des nuances individuelles et de listes" pour ce prochain scrutin municipal. Ces "blocs" regroupent les candidats selon leurs grandes orientations au sein du champ politique. Ainsi, le Rassemblement national est de longue date inscrit par la place Beauvau dans un bloc d'extrême droite, en compagnie d'autres mouvements, comme Reconquête ou l'Union des droites pour la République. Pour LFI, c'est ici que le bât blesse : jusque-là considéré comme une formation appartenant au bloc de "gauche", comme le PS, le PCF ou les Écologistes, le parti est désormais placé par le ministère de l'Intérieur dans le bloc d'"extrême gauche".
Que change cette évolution ?
Dans les faits, la modification de ces grilles n'implique pas de conséquences directes sur le scrutin. Qu'elle soit classée à "gauche" ou à l'"extrême gauche" au sein de ces "blocs de clivage", La France insoumise pourra participer dans les mêmes conditions aux élections municipales. Le questionnement autour de la pertinence de l'une ou l'autre nuance attribuée par le ministère est d'ailleurs loin d'être inédit. Le Rassemblement national a ainsi saisi à plusieurs reprises le Conseil d'État afin de contester sa qualification d'"extrême droite". Mais la plus haute juridiction administrative a toujours rejeté cette requête.
Plus que sur le déroulement du scrutin, l'impact pourrait davantage concerner la présentation des résultats. Au moment du décompte des voix, celles de LFI seront donc reversées au sein du bloc "extrême gauche", et non plus de la "gauche". La représentation des résultats pourra donc différer avec celle connue lors des précédents scrutins. Malgré tout, les conséquences demeurent limitées pour La France insoumise, et renvoient surtout à des enjeux symboliques. "Le débat sur les labellisations existe depuis des années", relativise le professeur de science politique Rémi Lefebvre, auprès du Monde. "Ces catégories ne sont pas juridiques, mais historiques, philosophiques ou politiques. Elles ont toujours été l’objet de conflit."
Quelles sont les réactions de La France insoumise ?
Le chef de file de LFI, Jean-Luc Mélenchon, s'est fendu d'un message tempétueux sur X pour dénoncer l'évolution de ces grilles de qualification, évoquant des "lettres" d'"une république bananière". "[Laurent] Nuñez innove et trouble l'ordre public électoral en changeant les étiquettes sur les partis politiques", a-t-il fustigé sur le réseau social. "Depuis quand le ministre de l'Intérieur décide de ce type de changement ? Pour satisfaire quelle demande et de qui ?" Le triple candidat à l'élection présidentielle estime que ce changement d'appellation renvoie à une pratique "à la Trump", en référence à la volonté du président américain de saborder ses opposants politiques.
Nunez innove et trouble l'ordre public électoral en changeant les étiquettes sur les partis politiques. Alors qu'en 2020 et 2023 LFI était classée à gauche, le ministre décide, à la Trump, de nous classer Extrême gauche comme "nuance" dans ses décomptes.
— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) February 4, 2026
Depuis quand le…
Le coordinateur national de La France insoumise, Manuel Bompard, a lui aussi témoigné de sa colère contre cette décision. "Il existe bien une extrême gauche en France. Elle se revendique comme telle et elle est tout à fait respectable. Elle considère les élections comme une tribune et non pas comme un moyen de conquête du pouvoir. Ce n’est pas le cas de la France insoumise", a-t-il avancé, toujours sur X.
Certains députés d'autres groupes à l'Assemblée nationale, comme l'écologiste Benjamin Lucas, ont abondé dans le sens des responsables insoumis. "Monsieur Nuñez, il faut être un zélateur de la banalisation de l'extrême droite et un piètre connaisseur de l'histoire républicaine de la gauche, fut-elle radicale, pour tripatouiller le classement des étiquettes politiques en désignant LFI comme 'extrême gauche'", a-t-il dénoncé sur X. Ni Laurent Nuñez, ni ses services du ministère de l'Intérieur, ne se sont en revanche exprimés sur ce changement pour le moment.