"La Correspondante", de Virginia Evans : le best-seller américain débarque en France
Au départ, il faut bien se concentrer, se souvenir que Fiona et Bruce sont les enfants de notre graphomane, Felix, son frère, Daan, son ex-mari, Victoria, sa meilleure amie, et Mr Lübeck, son voisin attentionné … Et puis, très vite, la magie opère, on navigue avec bonheur dans cette décennie de lettres, de 2012 à 2022, opérée par Sybil Van Antwerp, vieille et énergique Américaine de 1,55 mètre, aussi intelligente que directe.
Au fil de sa volumineuse correspondance, pratique d’un autre temps à laquelle est bien obligée de se plier son entourage, on apprend que cette ex-greffière talentueuse et prompte à l’autodérision, a été adoptée, a perdu un enfant à l’âge de 8 ans (un drame qui a brisé son couple), s’occupe d’un jeune petit génie désorienté, est en froid avec sa fille, est courtisée par son voisin et par Mick Watts, un ancien avocat, écrit aux écrivains qu’elle lit avidement, de Joan Didion à Ann Patchett, refuse de voyager, reçoit des messages injurieux d’un certain DM, perd petit à petit la vue…
C’est peu de dire qu’on s’attache à Sybil et aux siens, dont le cercle s’élargit du côté de l’Ecosse, son fils l’ayant poussée à fouiller ses origines. Lettre après lettre, les personnages s’affinent, tandis que Sybil bataille pour suivre des cours à l’université en auditrice libre ou encore pour décider qui de Theodore Lübeck ou de Mick Watts emportera son coeur (à 78 ans !). Il est aussi question de l’homosexualité de son frère, de recherches ADN, de la difficulté des relations mère-fille, du drame absolu de la perte d’un enfant, des affres de l’âge… Sans en avoir l’air et avec une belle élégance, la romancière aborde bien des bonheurs et des malheurs de notre temps.
L’on voudrait que jamais s’achève La Correspondante (336 pages, 22,50 euros), habile mélange de légèreté et de gravité, d’intime et d’universel. Un sentiment qu’ont dû partager les 500 000 lecteurs outre-Atlantique de ce best-seller surprise, premier roman d’une inconnue nommée Virginia Evans publié discrètement au printemps 2025 et édité en France par Quai Voltaire, dans une traduction au cordeau de Leïla Colombier.