Croissance et créations d'entreprises : pourquoi la France n'a pas de quoi plastronner
Voilà, en apparence, une bonne nouvelle, que beaucoup s'empressent d'applaudir. Selon les premières estimations de l'Insee, publiées le 30 janvier, la croissance française a atteint 0,9 % en 2025, après 1,1 % en 2024. C’est plus que la prévision initiale du gouvernement qui tablait, il y a encore quelques mois, sur une progression du PIB de 0,7 %. En dépit des droits de douane imposés par Donald Trump et de l’incertitude politique toujours persistante depuis la dissolution de juillet 2024, l’économie tricolore ralentit, mais ne rompt pas.
Ce chiffre cache en réalité un tableau bien moins reluisant qu’il n’y paraît. L’Insee révélait mercredi 28 janvier que la France avait connu l’année dernière un record de créations d’entreprises, avec un pic de 1 165 800. Un plus haut, surtout porté par les microentreprises - les deux tiers de l’ensemble -, à confronter avec une autre donnée : plus de 70 000 sociétés ont été contraintes de mettre la clé sous la porte ces 12 derniers mois. Une tendance appelée à se prolonger en 2026.
Le contre-exemple de l’Espagne
Mais revenons à la croissance. Peut-on vraiment se féliciter d'un rythme aussi morose, encore moins soutenu qu'en 2024, et alors que certains de nos voisins affichent une bien meilleure santé ? Certes, les difficultés de l'Etat à se doter d'un projet de loi de finances depuis deux ans, couplées aux tensions géopolitiques, n'ont pas aidé les entreprises à se projeter et à investir.
Mais la comparaison avec l’Espagne se révèle particulièrement cruelle pour la France. De l’autre côté des Pyrénées, le Premier ministre Pedro Sanchez gouverne sans budget depuis trois ans. Comme le reste de l'Europe, son pays subit aussi les foudres commerciales du président américain. Pour autant, l’économie locale prospère. En 2025, la croissance espagnole a tutoyé les 3 %. Le déficit public, lui, devrait être ramené autour des 2,5 % du PIB. De quoi donner les coudées franches à Madrid pour assumer les dépenses d'avenir.
Des marges de manœuvre dont ne dispose absolument pas le gouvernement Lecornu. Avec un budget 2026 pusillanime, voté aux forceps, l’exécutif n’a guère de leviers pour relancer durablement l’économie. Aucune réforme d’ampleur n’a été annoncée et ne pourra être engagée tant que les sujets brûlants de la dette et du déficit public - attendu à 5,4 % en 2025 - ne seront pas pris en main. Un cercle vicieux, dont il va falloir sortir rapidement pour renouer avec une croissance dynamique, au risque de se retrouver en queue du peloton européen.