En Chine, un général accusé d'espionnage : la chute du plus fidèle haut gradé de Xi Jinping
C'est l'aboutissement d'un long processus de purges au sein de l'Armée populaire de libération. Samedi 24 janvier, le ministère de la Défense chinois a annoncé l'ouverture d'une enquête contre le général Zhang Youxia, vice-président de la Commission militaire centrale (le principal organe de décision militaire du Parti communiste), et le général Liu Zhenli, chef d'état-major interarmées. Les soupçons portent sur "de graves violations de la discipline du Parti et des lois de l'Etat", selon l'armée chinoise.
Le premier est également accusé d'avoir transmis aux Etats-Unis des informations sur le programme d'armement nucléaire chinois, et d'avoir touché des pots-de-vin pour la promotion de tel ou tel gradé, révèle le Wall Street Journal. Les autorités examineraient également la manière dont il a supervisé l'agence chargée de la recherche, du développement, et de l'acquisition du matériel militaire.
Selon des sources interrogées par le journal américain, Zhang Youxia - autrefois considéré comme le plus grand allié militaire du président Xi Jinping - est avant tout accusé d'avoir formé "des cliques politiques" et des réseaux d'influence "qui sapent l'unité du parti". Si l'opacité du système chinois complique la compréhension des motivations du président chinois, cette mise à l'écart semble s'inscrire dans une série de purges menées par le Parti depuis l'été 2023.
Conquête de Taïwan
Au cours des deux dernières années, de nombreux hauts gradés et commandants opérationnels (dont celui en charge de Taïwan), et plus de 50 officiers et dirigeants de l'industrie de la défense ont fait l'objet d'enquêtes ou été démis de leurs fonctions. Alors que la Commission militaire centrale comptait six responsables, avec à sa tête le président Xi Jinping, ils ont tous été écartés, à l'exception du général Zhang Shengmin. Contrairement aux autres membres, ce dernier n'est pas vraiment un commandant endurci au combat mais plutôt un officier politique, chargé de garantir la discipline et la loyauté des troupes.
Ce démantèlement - le plus agressif depuis l'ère de Mao Zedong - vise à redresser l'armée dans le but de la préparer à d'éventuelles confrontations avec les Etats-Unis, notamment autour de la conquête de Taïwan. "En décapitant la structure du commandement, Xi Jinping signale que la corruption endémique, les réseaux clientélistes au sein de l'armée et la compromission de secrets d'Etat constituent des menaces existentielles" pour cet objectif, analyse le Wall Street Journal.
"Bien que l'Armée populaire de libération ait réalisé des réformes avancées, l'entraînement conjoint reste incomplet et gourmand en ressources, ce qui soulève des questions quant à sa capacité à respecter le calendrier de Xi Jinping pour Taïwan en 2027", analyse l'expert Tristan Tang, auprès du Financial Times.
Réélection de Xi Jinping
Mais c'est aussi le symptôme d'une volonté de Xi Jinping (qui brigue un 4e mandat) d'écarter toute personnalité qui pourrait avoir une influence capable de déstabiliser sa réélection. A ce sujet, l'éditorial du Quotidien de l'Armée populaire de libération, le journal officiel de l'armée chinoise, constitue une sorte d'aveu, lorsqu'il explique que Zhang Youxia et Liu Zhenli, ont "gravement bafoué et endommagé le système de responsabilité du président".
Zhang Youxia était en effet une personnalité respectée au sein de l'Armée populaire de libération, en tant que rare officier à avoir une expérience de combat. Sa famille est originaire de la même région que Xi Jinping, et leurs pères ont d'ailleurs combattu ensemble pendant la guerre civile. Mais le président semble aujourd'hui préférer la loyauté politique au CV militaire.
Décapiter la tête de l'armée n'est néanmoins pas sans contradictions pour le Parti, et pourrait entraîner des paralysies. "Compte tenu de la complexité de la supervision d'une organisation militaire aussi vaste, ce vide à la tête de l'armée aura forcément des répercussions sur la capacité actuelle de l'Armée à mener des opérations majeures", analyse Taylor Fravel, directeur du programme d'études de sécurité du Massachusetts Institute of Technology.