Les multinationales emploient 42% des salariés français
Après les députés qui ont voulu taxer les bénéfices des grandes entreprises étrangères et doubler la taxe sur les géants du numérique, voilà que le Gouvernement cherche désespérément à imposer davantage les bénéfices des grandes entreprises pour boucler son budget. Pourquoi tant de haine envers les multinationales ?
Cet acharnement contre des entreprises qui investissent et créent des emplois dans notre pays ne laisse pas d’interroger. Comme l’a montré l’Insee dans deux notes, les entreprises multinationales sont de grandes pourvoyeuses d’emplois. Les accabler d’impôts et de taxes ne peut qu’être néfaste.
Les entreprises étrangères : des investissements salvateurs
La première note révèle que 2,3 millions de personnes travaillent dans des entreprises sous contrôle étranger, soit 13% des salariés. Un chiffre considérable puisque ces entreprises ne sont que 19.000, soit 0,5% des sociétés du pays. Leur part dans les salaires versés en France est encore plus importante – 17,6% – ce qui signifie qu’elles offrent des emplois qualifiés et bien payés. Elles produisent 17% de la valeur ajoutée (soit 219 milliards d’euros) et réalisent 21,1% du chiffre d’affaires des entreprises établies en France.
Les entreprises originaires de trois pays regroupent à elles seules près de la moitié (48%) des emplois. Les entreprises américaines sont les premières employeuses avec 523 400 salariés, suivies des allemandes (333 500) et des suisses (263 400). Les entreprises de cinq autres pays – Pays-Bas, Royaume-Uni, Belgique, Luxembourg et Japon – emploient plus de 750.000 salariés. Au total, ces huit pays fournissent plus de 81% des emplois des entreprises d’origine étrangère.
Plus d’un tiers des salariés des entreprises sous contrôle étranger travaillent dans l’industrie, ce qui représente presque 21% des emplois industriels en France. Dans certains secteurs, comme la métallurgie, la fabrication de machines, l’industrie du papier et du carton et l’industrie automobile, c’est même plus de la moitié des emplois qui dépendent d’entreprises étrangères. Ce qui reste de notre industrie – qui ne compte plus que pour 10,6% du PIB – est donc fortement tributaire des investissements étrangers.
Par conséquent, au lieu de les surtaxer, de les mettre à l’amende pour n’avoir pas respecté une réglementation spécifiquement adoptée pour leur nuire, nous ferions mieux de choyer ces entreprises en baissant les impôts et taxes et en supprimant des normes inutiles. Mesures qui seraient aussi bénéfiques aux multinationales françaises.
Les multinationales françaises sont de moins en moins françaises
Comme le montre la seconde note de l’Insee, les firmes multinationales françaises réalisent la moitié de leur chiffre d’affaires consolidé à l’étranger et y emploient 56% de leurs salariés (7 millions de personnes) dans plus de 55.000 filiales. Et encore, ce ne sont là que des moyennes.
Les multinationales – c’est-à-dire des entreprises ayant au moins une implantation dans un pays étranger – ne sont pas toutes de grande taille : environ 10.000 sont des PME (petites et moyennes entreprises) qui n’ont qu’une seule filiale à l’étranger où elles emploient moins de 200.000 personnes pour réaliser 35 milliards d’euros (Md€) de chiffre d’affaires (CA). Un peu plus de 2 000 sont des ETI (entreprises de taille intermédiaire) qui emploient près de 1,5 million de salariés à l’étranger.
ETI et PME réalisent la plus grosse part de leur chiffre d’affaires en France, à l’inverse des 200 grandes firmes multinationales dont l’essentiel de l’activité se fait désormais à l’étranger –75% pour les entreprises du CAC 40 et même 92% pour LVMH.
Vouloir à tout prix, comme le ministre de l’Économie et des Finances, surtaxer les bénéfices de ces sociétés, c’est les pousser davantage hors de nos frontières alors même que la France compte de plus en plus comme quantité négligeable dans leur activité.
L’Union européenne reste la première zone d’implantation des firmes multinationales françaises, avec 34% des effectifs à l’étranger, soit 2,4 millions de salariés. Mais les États-Unis (775.000 salariés) et l’Inde (572.000) sont les deux premiers pays en termes d’effectifs. Le Brésil (pays du Mercosur) est quatrième avec 449.000 salariés, la Chine septième (346.000) et le Mexique dixième (207.000).
Plus de la moitié du chiffre d’affaires consolidé total réalisé à l’international par les firmes multinationales françaises se fait dans six pays : États-Unis (341 Md€), Allemagne (139 Md€), Royaume-Uni (128 Md€), Italie (99 Md€), Chine (96 Md€) et Espagne (88 Md€).
Une économie internationalisée
En France, les multinationales, qu’elles soient françaises ou d’origine étrangère, emploient 42% des salariés. C’est dire si notre économie est pleinement insérée dans la mondialisation. Cela signifie aussi qu’elle est fragile car d’une part, un nombre non négligeable d’emplois (13%) dépendent de centres de décision situés à l’étranger et d’autre part, les multinationales françaises (29% des emplois situés en France), notamment les grandes, sont de moins en moins dépendantes de leurs activités localisées dans notre pays.
Comment, dans ces conditions, ministres et députés peuvent-ils proposer d’augmenter les impôts et les taxes ? Nous l’avons rappelé il y a peu, les prélèvements obligatoires sur les sociétés, nets des aides reçues, ont atteint 20,4% de leur valeur ajoutée en 2024. En Allemagne, ils sont de 11,8%. N’y aura-t-il pas un moment où les entreprises allemandes auront envie de rapatrier outre-Rhin les 333.000 emplois qu’elles ont en France ?
Il est possible d’inciter les multinationales françaises à créer de nouveau des emplois en France et attirer davantage d’entreprises étrangères sur notre sol. Non pas en les arrosant d’aides, mais au contraire, comme le défend l’IREF, rejointe sur ce sujet par Edouard Philippe et le Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI), en les supprimant et en baissant simultanément les impôts et les taxes. Et en s’efforçant aussi de vraiment simplifier et alléger la réglementation.
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