Islamisme : une menace réelle, un aveuglement persistant
Une commission d’enquête de l’Assemblée nationale a publié un rapport sur les liens existant entre des représentants de mouvements politiques et des organisations ou réseaux soutenant l’action terroriste ou propageant l’idéologie islamiste. Il n’est pas rassurant.
Issu de près d’une trentaine d’auditions de ministres, agents des services de renseignement, élus locaux, chercheurs, journalistes ou encore responsables politiques, il vise à éclairer les mécanismes de diffusion de l’islamisme en France, bien au-delà de la seule menace terroriste. Dès les premières pages, les rapporteurs rappellent que l’islamisme ne saurait être réduit à la violence armée. Il s’agit d’« une idéologie politique à part entière », qui prétend « organiser la société selon des normes religieuses présentées comme supérieures au droit commun » et n’est pas systématiquement violente.
Comment l’idéologie islamiste se diffuse dans la société française
La première partie du rapport s’attache à une clarification conceptuelle indispensable. L’islamisme y est défini comme « une idéologie politique visant à organiser la société selon une interprétation rigoriste et normative de l’islam », distincte à la fois de la religion musulmane et du terrorisme jihadiste. La commission souligne que la confusion entretenue entre ces notions a longtemps entravé l’action publique, en rendant difficile l’identification d’un phénomène qui « peut se déployer sans recours à la violence » et qui privilégie des stratégies légales, institutionnelles et sociales plutôt que l’affrontement direct.
Le rapport remonte jusqu’aux années 1960 et à l’importation, en Europe, de courants structurés, parfois inspirés des Frères musulmans. En France, ces réseaux ont progressivement investi le champ associatif, éducatif et social. Associations culturelles, soutien scolaire, médiation locale, lobbying, collecte de fonds : la commission décrit un maillage dense de structures qui, sous couvert d’activités caritatives ou sociales, diffusent des normes incompatibles avec la laïcité, l’égalité entre les sexes et la liberté religieuse.
La stratégie est redoutable : formuler les revendications dans le langage des droits fondamentaux, de la lutte contre les discriminations et de l’« inclusion sociale ». Une rhétorique efficace qui rend toute remise en cause politiquement risquée, notamment pour des élus insuffisamment formés ou désireux d’éviter le conflit. Les rapporteurs soulignent ainsi que l’État s’est longtemps concentré sur la lutte antiterroriste stricto sensu, laissant prospérer des réseaux et des discours qui échappent aux outils classiques du renseignement.
Quand les politiques surfent sur la vague islamiste
La deuxième partie du rapport aborde un terrain plus explosif : celui des relations, directes ou indirectes, entre certains responsables politiques et des mouvements islamistes. La commission observe que les alertes émises par les services de renseignement sur des groupes ou des individus ne sont pas toujours suivies d’effets – notamment au niveau local. Si des maires font preuve de « démarches proactives » auprès du renseignement territorial avant d’autoriser des projets sensibles, d’autres restent passifs, y compris lorsqu’ils sont informés de la présence d’islamistes.
Il y a plus grave encore : les rapprochements assumés entre partis politiques et islamistes par stratégie électorale, que le rapport dénonce. On les voit surtout à gauche du spectre politique, à des degrés divers (Debout !, Génération.s, La France insoumise, les Écologistes, Nouveau parti anticapitaliste, Parti socialiste, Parti communiste français). Le parti La France insoumise (LFI) est le plus cité en raison de ses prises de position, de ses participations à des mobilisations, voire du soutien de ses membres à des organisations terroristes islamistes – à l’instar de Rima Hassan ou de Thomas Portes vis-à-vis du Hamas. Pour Cédric Brun, ancien militant et élu insoumis, les alliances militantes entre LFI et les islamistes « sont observables sur le terrain » et relèvent « non d’une infiltration, mais d’une stratégie électorale délibérée ».
Que faire devant un islamisme structuré ?
Sur le plan juridique, la commission reconnaît que l’essentiel de l’arsenal existe déjà : dissolution d’associations, fermeture de lieux de culte, suppression de subventions, gel des avoirs en cas d’ingérence étrangère… Le problème n’est donc pas tant l’absence d’outils légaux que l’incapacité à lutter efficacement contre un phénomène qui relève avant tout de l’entrisme et du combat idéologique.
Elle insiste, à ce titre, sur le rôle du monde académique dans la diffusion de connaissances sur l’islamisme, ses doctrines et ses stratégies. Toutefois, les rares chercheurs dans ce domaine, comme Florence Bergeaud-Blackler, sous protection policière à cause de ses travaux sur le frérisme, se plaignent de se voir « systématiquement interdire l’accès à l’enseignement universitaire ». De la même manière, Gilles Kepel, professeur des universités spécialiste du Moyen-Orient, a perdu sa chaire de sciences politiques à l’École normale supérieure (ENS) « en raison de son approche critique de l’islamisme ». La commission souligne également l’importance d’une plus grande information du grand public afin de sortir d’un débat polarisé entre « islamogauchistes » et « islamophobes ».
Le rapport a le mérite de nommer un phénomène longtemps minimisé. Il montre aussi, en creux, les limites d’un État qui prétend tout encadrer mais évite soigneusement ses propres angles morts : lutter contre l’islamisme suppose moins de nouveaux dispositifs juridiques que davantage de lucidité et de courage politique – y compris lorsqu’il s’agit de rompre avec des alliances électorales ou des financements publics. En ce sens, la proposition libérale de supprimer les subventions aux associations constitue une piste, peut-être pas suffisante car elles peuvent survivre grâce à de l’argent venu de l’étranger, mais probablement, déjà, plus efficace que ce que l’on appelle pompeusement un « contrat d’engagement républicain »…
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