Pourquoi le français n’est plus la "langue de Molière"
C’est une phrase qui revient régulièrement : les Français parleraient "la langue de Molière". Or, comme le souligne Patrick Charaudeau (Qu’est-ce que le français, mythes et réalités, Classiques Garnier), cela ne correspond que de très loin à la vérité.
Commençons par rappeler une évidence : la radio et la télévision n’ayant pas encore été inventées au XVIIe siècle, nous ne savons pas comment s’exprimait Molière au quotidien. Mais il est évident qu’il n’utilisait pas à l’oral la langue de ses pièces, a fortiori celles écrites en alexandrins !
Il est tout aussi certain que la prononciation du français a changé depuis quatre siècles. Notre "monnaie" se prononçait monnoie, raison pour laquelle le grand Jean-Baptiste fait rimer ce mot avec joye. Mêmes évolutions pour la graphie - "auarice", "foüiller", "ie vous ay" - et pour l’ordre des mots - "un mien frère", "je m’irois pendre". En réalité, à moins que vous ne soyez membre de l’UFR de littérature française et comparée de La Sorbonne, il y a peu de chances que vous ayez jamais lu Molière dans le texte original, mais dans les versions, largement modernisées, du XIXe siècle.
Cela ne doit pas nous empêcher, naturellement, d’admirer ses œuvres, mais en ayant conscience que nous n’utilisons plus le même français que lui. Cela est bien normal, d’ailleurs, puisque toutes les langues vivantes se modifient au fil des générations. A défaut, cet article serait encore écrit en latin, c’est-à-dire dans la langue de… Cicéron !