François Mitterrand : 30 ans après sa mort, l’héritage lourd d’un État hypertrophié
Il y a trente ans, le 8 janvier 1996, disparaissait François Mitterrand, premier président socialiste de la 5ème République. Pour beaucoup de ses admirateurs et successeurs, comme François Hollande ou Jean-Luc Mélenchon, il reste associé à l’abolition de la peine de mort et à plusieurs projets présidentiels. Il faut respecter sa mémoire, mais il est impossible de faire l’impasse sur son passage à l’Elysée, dont les conséquences pèsent encore lourdement sur la prospérité de la France.
L’élection du 10 mai 1981 marque une rupture brutale. Entre 1950 et 1980, le niveau de vie des Français avait triplé, porté par le développement industriel et les réformes de marché. À son arrivée, Mitterrand, à contre-courant des libéralisations menées par Thatcher et Reagan, met en œuvre le Programme commun avec les communistes. Il nationalise de nombreuses banques et plusieurs grands groupes industriels, tout en élargissant considérablement le rôle de l’État. Ainsi, la dépense publique passe de 48 % du PIB en 1980 à 56,1 % en 1995, la dette publique de 20,7 % à 55,5 % du PIB (soit une augmentation de 175 %), et les prélèvements obligatoires de 39,9 % à 42,3 % du PIB.
Les conséquences économiques sont immédiates. Entre 1981 et 1984, le franc a connu une perte de valeur de 100 % face au dollar et de 50 % face au mark, obligeant Jacques Delors, alors ministre de l’Économie, de dévaluer le franc trois fois. Sous les deux septennats de Mitterrand, le taux de chômage est passé de 5,1 % en 1980 à 9,6 % en 1995. Le pouvoir d’achat réel moyen a également baissé, une première depuis la Seconde Guerre mondiale.
Dans l’éducation, les réformes égalitaristes affaiblissent durablement l’école, avec une hausse de la dépense intérieure d’éducation (DIE) de 6,6 % du PIB en 1980 à 7,8 % du PIB en 1995. Le rapport Legrand de 1983 impose l’égalitarisme au détriment de l’excellence, contribuant à produire des générations moins performantes sur le marché du travail.
La fiscalité est multipliée, avec notamment des taxes sur l’essence et le téléphone ou encore la création de l’IGF (Impôt sur les grandes fortunes, ancêtre de l’ISF). La fonction publique explose, avec une augmentation d’environ 14 % du nombre de fonctionnaires entre 1980 et 1995 (de 3,9 millions à 4,45 millions). L’État devient hypertrophié, comme le soulignait Jean-François Revel : « un régime de concupiscence, de dilapidation et de corruption ».
Sur le plan social, Mitterrand impose la retraite à 60 ans. Mais lui-même admet, à la télévision, que « Le danger (des retraites) n’est pas pour aujourd’hui il est pour après l’an 2000 […] Je pense que ce seront mes successeurs qui auront à s’en occuper ».
La France après Mitterrand reste largement endettée, avec un chômage structurel élevé, des dépenses publiques record, un système éducatif affaibli. À côté de cela, François Mitterrand fut un politicien-stratège, mais aussi un idéologue de l’étatisme, laissant une France moins libre, plus rigide, plus dépendante de l’État que lorsqu’il l’a trouvée.
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