Mercosur : la France seule au front après le quasi-ralliement de l’Italie à l’accord
L’Italie semble desserrer l’étau autour de l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, laissant entrevoir une ouverture qui pourrait débloquer sa ratification. Mercredi 7 janvier, le ministre italien des Affaires étrangères, Antonio Tajani, a jugé qu’un tel accord offrirait des "avantages énormes" et un "potentiel considérable" pour l’Europe. Une inflexion de ton notable, alors que l’Italie figurait jusqu’ici parmi les États les plus réticents à la signature du texte, aux côtés de la France. Après une réunion des ministres de l’agriculture des Vingt-Sept mercredi, les États membres devraient se prononcer sur l’accord ce vendredi 9 janvier.
Antonio Tajani a toutefois tenu à réfuter toute idée de volte-face. "L’Italie n’a jamais changé de position", assure-t-il dans un communiqué, affirmant avoir toujours soutenu la conclusion de l’accord, à condition que les "préoccupations légitimes du secteur agricole" soient prises en compte. Le chef de la diplomatie italienne a salué, à ce titre, les nouvelles mesures annoncées par la Commission européenne en faveur des agriculteurs, au moment où Bruxelles cherche à lever les derniers blocages autour de cet accord controversé.
Ce glissement italien rebat les cartes alors que la colère agricole en France continue. Dans la nuit de mercredi à jeudi, des agriculteurs opposés à l’accord sont arrivés à Paris, certains tracteurs rejoignant la tour Eiffel pour bloquer plusieurs axes routiers. Leur crainte ? Que l'entrée en vigueur du traité avec les pays sud-américains entraîne une concurrence déloyale avec leurs marchandises.
Or le changement de braquet italien fragilise la position française à Bruxelles. Sans l’Italie, Paris ne pourra pas réunir une minorité de blocage au Conseil de l'UE, malgré l'appui de pays ouvertement hostiles au traité, comme la Pologne ou la Hongrie, et même si d’autres pays restent critiques, à l'image de l'Autriche, des Pays-Bas et de l'Irlande. Le camp favorable à l’accord, conduit par l’Allemagne et l’Espagne, pourrait ainsi sortir renforcé.
Quelques garanties italiennes arrachées à Bruxelles
Encore en décembre 2025, Rome avait rejoint Paris pour demander le report de la signature du traité, jugée "prématurée", en réclamant des garanties supplémentaires — contrôles phytosanitaires renforcés, mécanismes de sauvegarde, fonds de compensation pour les agriculteurs. Depuis, la Commission européenne a fait un geste. Mardi 6 janvier, la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, s'est dite "satisfaite" de la décision de Bruxelles de débloquer par anticipation des fonds alloués à l’agriculture, et de modifier le cadre financier pluriannuel afin de dégager 45 milliards d’euros supplémentaires pour la politique agricole commune à partir de 2028. Une concession présentée comme une victoire par Rome.
Pour autant, l’Italie ne donne pas encore un total feu vert à l’accord. Le ministre de l’Agriculture, Francesco Lollobrigida, a indiqué au quotidien économique Il Sole 24 Ore que Rome faisait pression pour abaisser le seuil de déclenchement des clauses de sauvegarde, le ramenant de 8 % à 5 %. Selon ce mécanisme, l'accord serait suspendu si les importations en provenance d'Amérique latine dépassaient ce seuil ou si les prix agricoles européens chutaient d'un montant supérieur. " Nous voulons que ce seuil de 8 % soit abaissé à 5 %. Et nous pensons que les conditions sont réunies pour y parvenir", a déclaré Francesco Lollobrigida. L'Italie souhaite s'assurer que les produits agricoles importés dans l'UE respectent les mêmes normes que celles exigées des producteurs européens, a-t-il aussi indiqué.
Rome avance donc ses pions avec prudence. L’Italie dit se projeter davantage dans l’accord, sans s’y engager pleinement pour l'instant. Une position intermédiaire qui pourrait suffire à faire basculer le rapport de force européen. Quitte à laisser Paris bien isolée.