Le Maroc n’en peut plus de Regragui
Le paradoxe est saisissant. Sur le papier, le Maroc avance dans sa CAN à domicile, qualifié pour les quarts de finale. Mais dans les tribunes et sur les réseaux sociaux, la ferveur a laissé place à une colère froide, presque un dégoût. L’homme cristallisant ce rejet n’est autre que Walid Regragui, le héros national du Mondial 2022. Deux ans après l’euphorie de Doha, le sélectionneur est désormais hué par son propre public, lassé de voir une génération dorée bridée par un pragmatisme devenu insupportable. Le Maroc n’en peut plus de ce style minimaliste, de ce refus du jeu qui transforme chaque victoire en purge.
La rupture du contrat de confiance
La cassure ne date pas d’hier, mais elle s’est brutalement accélérée lors de cette CAN 2025. La victoire étriquée contre la Tanzanie (1-0), sifflée par le public, a servi de révélateur. Comment une équipe capable de terrasser l’Espagne et le Portugal peut-elle trembler face à des adversaires supposés inférieurs ? Pour les supporters, le responsable est tout trouvé : le système Regragui. Ce qui était perçu comme du génie tactique face aux géants mondiaux est désormais vécu comme une frilosité coupable face aux nations africaines. Le « réalisme » est devenu synonyme de « médiocrité » dans le jeu.
Au-delà du terrain, c’est l’attitude du sélectionneur qui agace. Ses déclarations, autrefois perçues comme de la confiance, sonnent aujourd’hui comme de l’arrogance. Sa phrase « Vous ne trouverez jamais mieux que moi pour gagner la CAN » résonne encore comme une provocation pour un public qui valorise l’humilité. En refusant de parler à la presse nationale et en minimisant les critiques (« 5% de mécontents »), Regragui s’est coupé de sa base. Il a donné l’image d’un homme déconnecté, enfermé dans ses certitudes, incapable d’entendre la gronde qui montait.
Walid Regragui, l’homme qui divise le Maroc. Qualifié mais hué, le héros de 2022 incarne désormais un pragmatisme austère qui exaspère un public en quête de panache et de titre.
Le syndrome du « Deschamps sans titre »
La comparaison revient souvent : Regragui serait un Didier Deschamps marocain. Mais la comparaison est cruelle. Le Français a transformé son pragmatisme en titres mondiaux. Regragui, lui, offre la même austérité tactique mais sans la consécration continentale qui la justifierait. Pour le public marocain, sevré de titre depuis 1976, cette approche comptable sans émotion ni panache est une insulte au talent offensif de l’effectif. On ne pardonne la laideur du jeu que lorsqu’elle mène au trophée. Pour l’instant, le Maroc n’a que l’ennui.
Ce mépris grandissant est le symptôme d’une attente déçue. Le Maroc rêvait d’une équipe dominatrice, flamboyante, à l’image de ses infrastructures et de son statut de favori. Il se retrouve avec une sélection calculatrice qui joue avec le frein à main. Si Regragui ne parvient pas à transformer son équipe ou, à défaut, à ramener la coupe, son crédit historique sera définitivement épuisé. Le héros de 2022 risque de finir par être celui qui aura gâché la fête à la maison.