Avec "On vous croit", les "mères protectrices" sur grand écran
Pendant 1h20 de huis clos sous tension, ce film belge, déjà récompensé par plus d'une dizaine de prix dont une mention spéciale à la dernière Berlinale, suit Alice dans les couloirs d'un gigantesque tribunal pour enfants.
Lors d'une audience minimaliste, cette mère de deux enfants, interprétée par l'actrice belge Myriem Akheddiou, va tenter de convaincre la juge de conserver la garde de son fils, victime d'inceste de la part de son père, ce que ce dernier dément.
"On voulait aborder la question du traitement, notamment judiciaire, des mères protectrices, et de la question de la parole des enfants", explique à l'AFP Charlotte Devillers, qui co-réalise le film avec Arnaud Dufeys.
"Ces femmes se battent pour garder leur enfant auprès d'elles et ne pas le remettre au père" incestueux et "vont voir leur parole et celle de leur enfant être discréditées" lors de leur parcours judiciaire, ajoute-t-elle.
Au tribunal, Alice se retrouve à devoir s'asseoir à quelques centimètres de son ex-conjoint, doit essuyer des remarques déplacées de l'avocate de la défense remettant en question sa capacité à s'occuper de ses enfants. Son fils, lui, s'enfuit, quand il voit son père, s'emportant contre une justice ne respectant pas son souhait de ne pas le croiser.
"Pour écrire le film, on est allés à la Ciivise (la commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants, ndlr), on a rencontré des victimes et on s'est inspiré en particulier d'une mère protectrice", précise Arnaud Dufeys. "Ce qu'on voulait c'est s'approcher au plus près de ce que ces femmes peuvent vivre lors d'une audience, de faire ressentir ce que c'est que d'être à cette place-là".
"Ouvrir les yeux"
"Il faut se rendre compte de la violence vécue par ces mères qui sont à bout, qui arrivent à genoux à l'audience et qui ont une heure pour se défendre face à certains avocats pour qui tous les coups sont permis", complète Charlotte Devillers.
Pour être "au plus près de la réalité" et au "plus juste", les deux réalisateurs ont choisi de faire appel à de vrais avocats pour jouer le rôle des conseillers de la mère, du père et des enfants. La scène centrale du film a, elle, été tournée en une prise continue.
Et après? Les deux réalisateurs espèrent que ce film, soutenu par l'emblématique juge Edouard Durand, servira à "ouvrir les yeux" tant au grand public qu'aux professionnels de terrain sur la nécessité de s'emparer ce sujet.
"Ils n'ont souvent pas l'histoire en entier en raison de procédures sans fin qui se sont engluées les unes dans les autres, chaque professionnel a un petit bout du récit", souligne Charlotte Devillers.
"Le fait de voir un film, de prendre du recul pendant une heure et demie, de regarder comment est-ce qu'on oriente le regard sur tel ou tel personnage peut amener une remise en question", estime Arnaud Dufeys. Pour les réalisateurs, "la présomption d'innocence est importante mais elle ne doit pas se faire au détriment de la présomption de véracité de la parole des victimes, des enfants".
Hasard du calendrier, le film sort sur les écrans quelques jours seulement après le dépôt à l'Assemblée nationale d'une proposition de résolution visant à garantir une "protection réelle des enfants victimes d’inceste" et une "sécurité juridique des parents protecteurs".