Non, "anticonstitutionnellement" n'est pas le mot le plus long de la langue française
Honte à moi ! J’ai longtemps assuré, en bombant le torse et en exhibant mes (maigres) biscotos, que le mot le plus long de la langue française était "anticonstitutionnellement". "25 lettres !", croyais-je bon d’ajouter avec une mâle assurance. Et je vous jure que c’est ce que l’on m’avait appris en classe. Eh bien, je regrette de le dire car je voue un culte à mes bien-aimés maîtres et maîtresses, mais l’école publique m’avait trompé…
A sa décharge, je vous parle d’un temps où Internet n’existait pas car, depuis, il suffit de pianoter sur son ordinateur pour découvrir que ce record est largement dépassé. Parmi les lauréats, on peut citer un terme de politique, anti-bidépartementalisation (26 lettres), ou cette notion de physique : quadri-accélérationnellement (27 lettres). N’oublions pas non plus les verbes conjugués, avec anticonstitutionnalisassions (28 lettres) – pas facile à caser dans une conversation courante, je vous l’accorde.
Le niveau monte encore si l’on retient les noms propres, et notamment ceux des communes issues d’une fusion. Voyez Saint-Remy-en-Bouzemont-Saint-Genest-et-Isson, Saint-Germain-de-Tallevende-la-Lande-Vaumont et Beaujeu-Saint-Vallier-Pierrejux-et-Quitteur (38 lettres à chaque fois). Rendons justice également aux gentilés (les noms d’habitants) avec une mention spéciale pour les Saint-Parduciennes-et-Vielvicoises (31 lettres), en Dordogne, et, si l’on s’éloigne des frontières de l’Hexagone, les Terre-Neuviennes-et-Labradoriennes (31 lettres).
Le record toutes catégories semble toutefois revenir à la chimie avec diisobutylphénoxyéthoxyéthyldiméthylbenzylammonium (50 lettres), sachant que le premier lecteur qui me demande sa définition perd automatiquement et mon estime et son abonnement à L’Express.
A noter enfin ce néologisme : hippopotomonstrosesquipédaliophobique (37 lettres), qui désigne ce que ressent une personne qui éprouve une aversion pour les mots trop longs. J’en suis !